07 octobre 2007

Badineries pour basson solo

Engouement.

Depuis quelques jours, je tombe sans arrêt sur des concertos pour basson. Espace Musique, 93.5 ou Radio-Classique, le même soudain engouement pour l’instrument. Étrange...

C’est quand même sympa le basson. Lors du bac en enseignement, on devait se taper le cours d’initiation aux bois (si notre instrument principal n’en était pas un). Pendant la session, on devait essayer deux instruments. Alors, comme je suis maso, j’ai d’abord choisi le basson.

Échange de fluide.

Comme j’avais déjà terminé tous mes cours de solfège, analyse, harmonie, histoire et instrument principal, mis à part le stage au primaire, c’était une session plutôt tranquille. Je me suis donc mis au basson de façon assez intensive. Je suis comme ça...

Après deux semaines, je commençais vraiment à plafonner. Je n’avais d’autre choix que de repérer la bassoniste la plus cute du département et de l’approcher pour lui demander quelques conseils. La première chose qu’elle m’a demandée, c’est la sorte d’anche que j’utilisais. Je lui montre alors le machin industriel que j’avais acheté chez Archambault. Ça n’allait pas du tout. Les bassonistes n’utilisent pas ces trucs. Ils font eux-mêmes leurs anches. La fabrication et le gossage d’anches représentent environ 50% du temps accordé à la maîtrise de l’instrument! C’est un art en soi.

La charmante bassoniste m’a donc demandé de sortir mon basson (poupée, tu veux voir mon basson?) et pendant que je l’assemblais, elle s’est mis l’anche dans la bouche pour bien l’humecter. Elle me tend alors la chose et me dit : «Prend moi salaud!».

Ben quoi, pas le droit de rêver un peu?

Elle me tend alors le truc et me dit : «Essais ça, elle sonne bien dans l’aigu.».

Eh oui... ce fut notre premier échange de fluide. Mais pas le dernier... J’ai pu essayer une anche qui était géniale pour les basses et une pour les détachés... un truc comme ça. Après quelque temps, je crois qu’elle me trouvait un peu «gossant» (notez la subtilité dans le choix du vocabulaire...). Elle m’a donc recommandé un grand barbu qui supposément gossait de super bonnes anches.

On n’aura jamais si bien dit.

Y a des jours, où on n’a pas le goût de pratiquer. Certains appellent ça le syndrome de l’étui. Une fois l’instrument entre les mains, on est parti pour quelques heures. Parfois aussi, on fait de la fuite. On se trouve autre chose à faire. Alors, il faut se parler. J’imagine un bassoniste :

«Bon... là, il faut que j’arrête de gosser et que je pratique.»

Le rituel

Comme je l’ai mentionné plus haut, dans la même session, je faisais mon stage au primaire. J’ai donc amené le basson dans mes stages pour présenter l’instrument aux élèves. Je sortais une pièce à la fois et j’assemblais l’instrument sans parler. Au début, les enfants ne comprenaient même pas que c’était un instrument de musique. Certains croyaient que c’était un télescope ou même une arme. J’avoue que ça peut faire penser au tireur d’élite qui assemble son équipement. Mais il faudrait être vraiment con pour amener une arme dans son stage. Je ne critique pas la méthode, mais je crois personnellement qu’il est préférable d’attendre d’avoir sa permanence avant d’utiliser ce genre d’outil de gestion de classe.



Formulaire d’auto-évaluation des stagiaires.

Considérez-vous que vous avez une bonne gestion de classe?

«Excellente»

Utilisez-vous le non verbal?

«Beaucoup»

Haussez-vous le ton?

«Pas besoin»

Utilisez-vous la technologie?

«Disons que je suis bien équipé...»

Utilisez-vous la menace?

«Jamais! Mais pour qui me prenez-vous?»


Un peu de musique, bordel










Antonio Vivaldi

Concerto pour basson No.26 (il en a écrit 39!!!) en Do.
Premier mouvement: Allegro

Daniel Smith, basson
English Chamber Orchestra, sous la direction de Philip Ledger

Le mec s’envoie aussi le continuo au clavecin en dirigeant... Et ma blonde qui dit que les hommes ne sont pas "multi-tâches"... Pfff...


Petite coda

L'autre jour à la radio, l'animateur expliquait que vers 1650, le basson fut très en vogue et que beaucoup de compositeurs lui dédièrent des concertos. Il se demandait pourquoi Vivaldi a attendu beaucoup plus tard pour en écrire.

Réponse : Parce qu'il n'était pas encore né.

Ensuite, il se disait qu'au nombre de concerto que Vivaldi a consacré à l'instrument, il devait avoir un bon ami qui en jouait.

Réponse : Il était responsable d'un d'orphelinat pour jeunes filles. Elles étaient cloîtrées et recevaient une éducation musicale poussée. Le basson était un des instruments enseignés. Il fallait renouveler le répertoire.

Peuvent pas engager des musicologues à la place de wannabe du star system?





...

10 commentaires:

Valérie-Ann a dit…

Super bon texte, tu m'as fait beaucoup rire! L'histoire de la charmante bassoniste... Délicieux! ;)

prof en france a dit…

C'est bête, tous les bassonistes que j'ai côtoyé mettaient leurs anches à tremper dans une boîte à pellicule photo remplie d'eau (c'était avant le numérique...). C'est beaucoup moins attrayant...

Prof malgré tout a dit…

Prof en France : C'est n'importe quoi vos histoire de p'tits pots d'eau. Y a que les échanges de fluide qui fonctionnent.
En fait, l'anche est en réalité un catalyseur d'énergie psychique. Plus de gens l'ont tètée, plus elle est puissante. Ça ne fonctionne que pour les instruments à anche double.Ici, on surnomme l'anche de basson "le voleur d'âme".
Vous n'apprenez donc rien en France?

Anonyme a dit…

Hé, chuis pas bassoniste, moi! Chuis clarinettiste, et mes anches, je les mouille à la salive, comme tout le monde! (enfin sauf les bassonistes français, donc... :-) )

Prof malgré tout a dit…

On le sait ben, les clarinettistes... Les seuls étudiants en musique qui ont toujours du papier à rouler.

La Marsouine a dit…

On devrait présenter les clarinettistes aux étudiants de la branche gauche de science po...

Prof malgré tout a dit…

Hum... Faudra que j'explique l'histoire de papier à rouler. Ce n'est pas ce que vous croyez.

Moi a dit…

lol ! Je suis clarinettiste, j'habite au Québec, et j'ai appris avec le truc du petit pot a pellicule photo pour mouillé les anches. Quand tu veux en essayé trois quatres de suite c'est très pratique sinon tu manque de salive vite.
Et j'ai beaucoup rit de l'histoire du papier a rouler, c'est vrai que mes amis qui fume viennent toujours me «quêter» !

Prof malgré tout a dit…

Moi : Oui mais le billet serait plate si la charmante bassoniste m'avait tendu un petit pot à pellicule...

Nah... y a rien comme la salive!

Anonyme a dit…

la dieppoise,
qui vient de terminer une deuxième année en tant qu' élève bassoniste, qui a découvert récemment que le dit petit pot d'eau n'était pas nécessaire...
quelques minutes dans la bouche, avec une bonne salive, ça marche !