30 janvier 2007

Une... heu... tsé... fugue-sonate à corde... genre?

Quatrième mouvement du quatuor Opus 59 No.3.







C'est comme heu... une sonate fuguée? Heu... Ah oui! Une fugue en forme sonate... ouais mais... ça ferait un beau rondo... le dernier mouvement en plus. Nah! Y'a pas de rondo dans ça... forme sonate fuguée... genre... comme... tsé. Bordel!

Sérieusement, c'est une forme sonate. La fin est géniale. Surtout la fausse fin. Ensuite, on se demande si la dernière fin sera vraiment la dernière... Sacré Ludwig! J'adore quand tu joues avec mes neurones.

Si vous avez des questions, des réponses, des commentaires, ne vous gênez surtout pas. Zviane est là pour vous répondre!

P.-S. : Zviane... si je disais des niaiseries sur la musique, tu me le dirais hein?

Journée santé mentale

Hier, ils m'énervaient... trop. J'oubliais même de faire semblant de me fâcher avant de l'être vraiment. Il n'y a qu'un remède : journée santé mentale.

En plus, le mardi, je donne cinq cours de 60 minutes. Vous vous dites sûrement : " Pfff... Y a rein là cinq heures!". Le problème, c'est que quand j'enseigne, je n'ai aucun temps mort. Les élèves travaillent et moi je supervise? Jamais. Pas de période de bibliothèque, de film, de lecture, de rédaction, d'examen, de jeu libre... Niet. Nada. Je donne un show non-stop. Je ne m'assois que pour les accompagner au clavier (jouer du clavier en faisant de la gestion de classe n'est pas de tout repos...). Le plus gros du temps, j'ai la guitare au cou (plus mobile). À la fin, je me permets un petit 5 minutes d'audition d'oeuvres...

Je chiale pas mal hein? Ben, tant qu'à chialer, aussi ben rester chez vous. C'est ce que je fais.

Journée santé mentale. Yeah!

Le mieux dans tout ça, c'est que je vais pouvoir bosser sur la musique du projet sans avoir Fiston dans ma bulle (je sais, elle est grosse ma bulle). Faire des arrangements sans être épuisé et dérangé (c'est petit un 4 1/2), c'est bon pour la santé mentale.

Hey! Je chiale encore. J'ai vraiment bien fait de rester à la maison! Vous croyez qu'une journée sera suffisante?




...

29 janvier 2007

Beau bonhomme!

Moi : Il faut que je vous annonce quelque chose...

La classe : ...

Moi : Je vais être absent pendant un petit bout.

La classe : ...

Moi : J'ai été sélectionné pour l'émission "Transformation extrême"!

Wannabe : Hein?

Moi : Ouais! Le reality-show où des concurrents super moches subissent de la chirurgie plastique et font plein de gym pour devenir super sexy! Je vais manquer un mois pour qu'ils puissent me refaire le nez, les dents et la bedaine. Mais attention, quand je vais revenir, je vais être top model!

Wannabe : Tu vas passer à la télé!!!

Un Bum : Heille! Qui qui va t'remplacer? Pas la folle de l'aut' fois!

Wannabe : Ouais! Tu sais pas ce qu'elle a fait...




Ouch! Ils me croyaient...


Deux explications possibles :

1- Ils sont vraiment centrés sur eux-mêmes et n'aiment pas les suppléants.

2- Je suis vraiment dû pour un rasage et une coupe de cheveux.





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28 janvier 2007

PPMEE... Huh? What? English please...

Les Prix du premier ministre pour l'excellence dans l'enseignement. Les nerfs... j'ai pas gagné. Je sais, je sais... c'est pas juste, c'est truqué... Mais que voulez-vous? Mon patron a pris le temps de faire un document de 12 pages pour soumettre ma candidature, c'est quand même mieux qu'une lettre de réprimande.

J'ai regardé ce que les gagnants ont fait. Impressionnant. Par contre, ils semblent tous avoir une chose en commun : "no life". C'est pas grave, car le 5000$, ce n'est pas eux qui l'encaissent, mais plutôt l'école. Vous ne croyez quand même pas qu'on va payer un prof pour ses heures supplémentaires...

Vous vous dites que j'écris ceci parce que j'ai de la grosse pé-peine de ne pas m'être pointé à Ottawa pour prendre l'apéro sur le bras de Stephen? Right on! Je voulais gagner. Je pensais que j'avais de bonnes chances. Je n'ai aucun problème avec les récompenses et la gloire en général. Amenez-en, on est capable d'en prendre. Snif-fe, snif-fe, personne m'aime... Mais n'ayez crainte, je vais m'en remettre. Y a quand même un truc qui me dérange solide...

Un peu de démographie.

Je n'ai pas envie de chercher des chiffres, mais disons que nous sommes 5 millions de francophones au Québec et qu'il y a 30 millions de whatever au Canada (notez le "nous sommes" pour le Québec et le "il y a" pour le Canada...). Ça fait un "frog" pour 5 Anglos. 1 sur 6. Un billet gratuit... si vous avez pris l'extra et que le chiffre tombe à la bonne place. En gros, c'est à peu près 16 ou 17 % de la population.

Voici maintenant quelques statistiques intéressantes.

Certificats d'excellence :

Le top du top. Les lauriers pour le prof, 5000 balles pour l'école. Le prof peut quand même proposer une façon de dépenser le fric... Sur les 15 gagnants, il n'y a qu'un seul Québécois: Stéphane Côté de Roxboro. Steph... J'ai lu ce que tu fais, j'ai visité ton site... Je n'ai qu'une chose à dire : "Hey geek! Get a life!".

Je déconne. Bravo Stéphane Côté!

Si vous le connaissez et que vous n'êtes pas trop moche, embrassez-le de ma part et tant qu'à y être, invitez-le donc à souper!

Les certificats d'honneur :

50 prix de 1000$. Même pattern.

Cette fois, c'est cinq Québécois sur 50 qui ont un prix. On peut se dire que 10 %, c'est assez proche de 16 %. Mais attendez! Le 16 %, il faut que ça soit des francophones québécois. Deux des gagnants au Québec enseignent dans des écoles anglophones, deux dans des écoles francophones et l'autre dans une école bilingue. Donc, 2.5 écoles québécoises francophones ont vu un prix attribué à leurs enseignants.

5%.

C'est la note que je te donne Stephen Harper. Ah oui. J'oubliais la réforme. Le premier ministre développe sa compétence de façon nettement insatisfaisante : E!

Et comme tu débarques aux prochaines élections, je peux ben te donner ton évaluation de fin de cycle: 1! Non... pas number one... 1 veut dire: "l'élève ne répond pas aux attentes".


Pour plus de détails : PPMEE

Un peu de positif : il y a maintenant un prix pour l'excellence en éducation de la petite enfance. Yeah! Eux, ils en mérite de la reconnaissance. Bordel! Trop de parents de mon CPE les traitent comme leurs bonnes... grrrrrr...

26 janvier 2007

Herzlichen Glückwunsch zum Geburtstag

Bon bon bon... C'est la fête de Wolfgang aujourd'hui (ben oui, ils sont déjà le 27 en Autriche).

Je ne suis quand même pas pour lui faire entendre sa propre musique le jour de son anniversaire... OK. Il doit l'aimer sa musique, mais c'est lui qui nous l'offre et non pas le contraire. Un peu de classe bordel! On ne peut quand même pas lui refiler un cadeau qu'il nous a fait.

Mais... si le cadeau est un peu trafiqué?

Je l'imagine se faire réveiller par les Swingle Singers... Y a pire dans la vie.







"Deh vieni alla finestra" extrait de Don Giovanni, acte 2. A cappella par les Swingle Singers. C'est charmant!

25 janvier 2007

Joyeux anniversaire...

Moi : Ce week-end, c'est l'anniversaire de naissance de Mozart.

Un élève : Hein? Qui?

Moi : Mozart. En fin de semaine, c'est sa fête.

L'élève : Il va avoir quel âge?

Moi : Il est née en 1756... 251 ans!

L'élève : Ayoye, y est vieux.

Élève pas rapport : Moi mon père a 37 ans!




...

23 janvier 2007

Extrait du moment

Avertissement : N'essayez même pas de télécharger la toune du moment... C'est illégal et ça ne marchera pas. Si vous réussissez, en plus d'aller brûler en enfer, vous allez voir que c'est incroyable ce qu'on peut faire avec une adresse IP et une batte de baseball... Gnarg gnarg gnarg!

Je déconne... presque.

Donc, voici une petite section d'ajoutée à ce blogue. Vous pourrez y entendre plein de trucs pas rapport. Je répète : pas rapport. Pourquoi je dis ça? Parce que je ne veux pas que vous écoutiez la musique en me lisant. Ça ne serait pas juste pour moi, car ce que je vais vous faire entendre est pas mal plus génial que ce que j'écris. En plus, ça n'aura pas rapport avec mes propos et gâcherait votre expérience blogolistique. Ne sous-estimons pas le pouvoir de la musique. Blablabla...







En ce moment, vous pouvez entendre Naida Cole qui joue la Ballade opus 19 de Fauré. On s'est connu à Orford et ensuite, on a testé quelques bars à Montréal. On s'est vraiment perdu de vue depuis, mais dans son dernier e-mail, elle me disait qu'elle étudie maintenant en médecine...

*Si vous étudiez en musique, plus particulièrement en interprétation, ne lisez surtout pas ce qui suit*

Bordel! La fille a terminé son conservatoire à 14 ans (c'est plus jeune que Gould), elle a gagné le Van Cliburn en musique de chambre et pour l'interprétation de l'oeuvre commandée, elle a endisqué pour Deutsche Grammophon, elle se tape des concertos avec pleins d'orchestres et maintenant, tout ce qu'elle trouve à faire, c'est d'étudier en médecine...

M'énerve.... héhé...




...

QuickTime

J'aimerais bien mettre des extraits musicaux (un à la fois) sur mon blogue. J'ai fait un site pour le projet de comédie musicale pour lequel je bosse et j'y mets sans problème des musiques avec QuickTime.

J'ai un espace pour héberger des fichiers MP3, mais je ne veux pas mettre de liens vers ce site. Je voudrais plutôt insérer un petit lecteur QuickTime dans ma nouvelle section : L'extrait du moment.

Le but? Promouvoir de la musique sans permettre aux gens de la télécharger et qui sait, peut-être vous balancer quelques extraits audio de mes cours, question de rigoler un peu...

Tout ce que j'arrive à faire, c'est d'avoir le gros Q de QuickTime... sans mauvais jeux de mots, s'il vous plaît.

On peut faire ça sur Blogger?

Help!
I need somebody
Help!
Not just anyone...








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21 janvier 2007

Racisme 101

Oups... j'avais oublié de poster ce billet vendredi.

Les "old timers" de ce blogue se souviennent peut-être de l'histoire du savant fou et de son canon... Et bien, il existe toujours et se matérialise de semaine en semaine. Le texte est terminé et la composition de la musique va bon train. J'ai donc commencé à bosser sur la musique avec les jeunes qui seront musiciens. Ben oui... une comédie musicale avec de la musique live, composée et jouée par des élèves et votre humble serviteur.

Jeudi matin, je travaille avec deux Noirs et quatre Blancs. La moitié me connaît depuis toujours, les autres sont d'une autre école qui participe au projet...

Les personnages

Moi : Chatain, yeux bleus. Pas méditerranéen pour 5 cents... désolé mesdames. En plus, je danse comme un pied. Mais attention! J'ai du rythme et je groove pas trop mal.

Karl et Matthieu : Deux petits Blancs que je connais depuis qu'ils ont quatre ou cinq ans.

Kévin : Plus africain que ça, t'es un steak de gazelle. Vous devriez voir ses mains. Il a les doigts deux fois plus longs que les miens.

Amélie et Marc-André : Deux rouquins comme ça ne se peux même pas. Plus irlandais que ça, c'est de la Guinness qui coule dans tes veines. Je les connais à peine.

Alex : Jamaïca Man! Je l'appelle "Doctor Rythm". On se connaît à peine, mais ça connecte fort. J'enseignais dans son école quand il était en première. Un bon musicien, mais pas très fort à l'école. Anglophone, Noir, mâle. Tout pour doubler une année dans notre système de petites filles blanches. Il ne fait pas exception à la règle. Reggae...

En pleine répétition.

Moi : Bordel! C'est n'importe quoi! Kevin! Tu vas aux percussions!

Kévin : Huh?

Moi : Aux drums... Tu sais... les machins qui font du bruit, mais on n’est pas capable de dire la note...

Kévin : Cool...

Il se dirige vers l'instrument... tellement lentement...

Moi : Bon! Voilà le rythme que tu dois faire.

Je m'exécute.

Kévin : Je pense que je ne comprends pas...

Moi : C'est le fun que t'en parles... Joue!

Kévin joue... l'horreur! Il a le groove d'un 18 roues... stationné.

Moi : Ayoye Kévin...

Kévin : Huh?

Moi : Retourne au synthé. Tu joues comme un Blanc!

Silence.

Gros silence.

Alex me regarde. Des décennies d'Histoire dans les yeux. La différence entre les Noirs d'Amérique et les Africains : l'esclavage.

Moi : Ben quoi? Alex! Aux drums.

Il s'installe et joue. Un peu sloppy dans les coins, mais du groove à revendre.

Moi (je jubile) : Yes!!! J'ai eu vraiment peur!

Regards interrogatifs.

Moi : J'ai pensé un moment que j'étais pogné pour monter un show avec un gang de Blancs. Au moins, Alex, il groove lui!

Alex : Haha! Kévin! Tu joues comme un Blanc.

Les autres : Ouais! Gnagna. Comme un Blanc!

Kévin (à un autre) : Blanc toi-même.

Karl : Hey Prof Malgré Tout! T'es Blanc!

Moi : Quoi? No way!

Je me pointe devant le miroir.

(Local multidisciplinaire... vous devriez voir la grandeur du miroir... N'essayez pas d'enseigner à des maternelles dans ce local... ou à des filles de douze ans...)

Moi : Bordel! Je suis daltonien... J'n’avais jamais remarqué. Je suis Blanc!

Ils me regardent. J'avoue qu'ils ont droit à une explication...

Moi : Sans blague gang. Ça n'a rien à voir. Y a pas de raciste ici. On est au troisième étage et un raciste, ça ne vole pas quand je le balance par la fenêtre. J'en ai rien à cirer de la couleur de la peau... Mais bordel Kévin, tu joues comme un Blanc!

Alex me regarde. Rire complice.

Moi : Une chance que t'es là...


C'est le genre de truc qui m'arrive souvent. On est différents. On a des qualités et des défauts et il y a toujours des exceptions. Pas question que je n'en parle pas. Se fermer la gueule et faire comme si de rien n'était, parce qu'on a peur de je-ne-sais-quoi n'est pas une option pour moi... Le racisme, c'est la peur.

Quand je dis à une petite fille qui va entrer dans les toilettes des gars qu'elle se trompe de porte, est-ce que je suis sexiste bordel?





17 janvier 2007

Scotch

Bordel... Ça fait deux jours que je m'envoie les suites anglaises... Le matin en faisant bouffer fiston, entre deux cours à l'école, un petit bout en voiture, en faisant la vaisselle, le soir, anytime... Juste là maintenant, c'est le prélude de la cinquième par Gould. J'aime la seconde et la troisième par Pogerelich. Ben oui... Y s'appelle pogo-relish et il joue super bien.

Pourquoi je vous raconte ça?

Il y a un an et demi, j'ai arrêté de fumer et pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis tenu loin du scotch. De toute façon, je croyais que ça serait infect pour mes super papilles de non-fumeur. Nope... Pantoute. C'est même super bon! Macallan 12 ans. Rien de trop prétentieux, mais quand même pas mal. Y a même un petit goût de poire qui reste en bouche... miam! Mon premier scotch en 18 mois!!!

Pourquoi je vous raconte ça?

Parce que bordel...

Un élève : "C'est drôle comment tu tiens ta craie."

Moi (pas mal à l'aise pour 5 cents...) : "Ah oui... Comme une clope."

L'élève : "Hein?"

Moi (fier de moi): "Comme une cigarette."

L'élève (offusqué) : "Quoi? Tu fumes? Ouach..."

Moi : "Non, j'ai arrêté. Mais quand je t'ai connu je fumais."

L'élève: "Ouais! Je t'ai déjà vu!"

Moi : "J'ai fumé pendant 22 ans. C'est deux tiers de ma vie. C'était vraiment très difficile d'arrêter... la chose la plus difficile de toute ma vie..."

L'élève : "Ayoye... t'es vieux."

Moi : "Tu veux vraiment couler ton cours de musique?"

L'élève : "Non! T'es super jeune! Pourquoi t'as arrêté?"

Moi (pauvre inconscient): "Parce que j'attendais un enfant et que je voulais qu'il ait un père en santé. Aussi parce que c'est pas bon pour lui, si je fume. Il a plus de chance de fumer plus tard. En gros, j'ai arrêté parce que je l'aime."

L'élève (déçu) : "Mes parents, ils fument. Ben... ma mère en tout cas. Elle m'a dit que mon père fumait... mais je m'en fous..."

Argh!!! Ta gueule Prof Malgré Tout! Je ne voulais vraiment pas faire ça... Je vous épargne le bout ou je patine... C'est correct de fumer... C'est pas bon, mais... Ça ne veut rien dire... Truc personnel... blablabla. L'horreur.

En quittant la classe.

L'élève pointe les photos de mon fils près de l'ordinateur.

L'élève (presque tristement) : "C'est lui ton fils?"

Et moi qui me tape les suites anglaises de Bach en buvant du scotch...





13 janvier 2007

Accommodement raisonnable en forme sonate

Exposition

Premier thème

Quand tes parents ont inclus "Dieu" ou bien le nom d'un prophète dans ton prénom, comme on dit de par chez nous: "ça va pas ben à messe..." Ça vaut aussi pour "prière", "louange" ou "jugement dernier".

Deuxième thème

En parlant de jugement dernier, c'est souvent à la fin du cours que je fais entendre des oeuvres qui ne sont pas nécessairement en lien avec ce qu'on a fait ce jour-là. Un peu de culture générale n'a jamais fait de tort à personne.

Développement

Première année. Dans cette classe, il y a Dieu-Truc, la soeur de Dieu-Machin. Je pense que c'est la cousine de Louange et de Alleluia, mais je ne suis pas certain...

Moi : Qu'est ce que je vous fais entendre aujourd'hui?

Mini-wannabe : La même chose que la dernière fois!

Moi : Encore du jazz?

La classe : Non!

Moi : Du classique?

La classe : Non!

Moi : Du heavy métal?

Mini-wannabe : T'as même pas le droit!

Moi : Mini-wannabe vient de couler son cours...

Mini-wannabe : Hein?

Moi : Tu comprendras dans quelques années... Alors? Qu'est-ce que vous voulez entendre?

Une gang de petits Blancs : Du rock! Du rock!

Une gang de petit Noirs : Hip-hop! Hip-hop! 50 Cents!

Le petit Chinois : ...

Moi : D'accord. Du rock pour cette semaine et je vous déniche du hip-hop avec des paroles respectables pour la prochaine fois. Pas de "f" word et d'autres mots qui finissent pas "uck".

Les petits Blancs : Yeah!

Les petits Noirs : Grr...

Je leur mets Godzilla de Blue Oyster Cult. Pourquoi j'ai ça dans mon iPod? Je trouve ça bon. La chanson, pas le groupe. La musique joue. Les petits Blancs s'éclatent. Les petits Noirs travaillent fort pour ne pas aimer ça.

Dieu-Truc se bouche les oreilles. Je me dis qu'elle n'aime pas le rock. Les enfants africains ne sont pas trop rockers en général. Ça copine l'imite.

Moi : Bon... Qu'est-ce qui se passe Dieu-Truc. La musique est trop forte?

Ses mains se resserrent sur ses oreilles. Un paquet de petites filles l'imite. Avant que ça dégénère, j'arrête la musique. Il n'est pas content monsieur le prof...

Moi (tellement doucement et calmement qu'ils savent que ce n'est vraiment pas le temps de déconner) : Croisez les bras. Je répète... croi-sez les bras.

Ils s'exécutent avant que je ne les exécute. Oups, j'ai oublié que je ne suis pas Prof Maudit. Anyway, ils obéissent. Ils ne sont pas cons mes élèves...

Moi : Dieu-Truc. Premièrement, la musique n'est pas forte du tout. Deuxièmement, c'est très irrespectueux de se boucher les oreilles pendant les auditions d'oeuvres. Je veux une explication.

Dieu-Truc : Je n'aime pas le diable.

Moi : Hein?

Dieu-Truc : Je n'ai-me pas le di-a-ble.

Moi : Pas rap-port. La chan-son ne par-le pas du di-a-ble du tout.

Dieu-Machin : C'est la musique du diable.

Moi : Hein?

Dieu-Machin : Le rock, c'est Satan.

Moi : Et le hip-hop et le reggae?

Dieu-Machin : Ça, ça va.

Moi : J'ai des nouvelles pour toi ma puce. Le hip-hop et le reggae sont...

Dieu-Machin : ...

Moi : Bah! Laisse tomber. Bon, on va prendre notre rang. Les xylos altos ont gagné aujourd'hui!

Les altos : Yeah!!!

Réexposition

Premier thème

Quand les parents ont inclus "Dieu" ou le nom d'un prophète dans le prénom de leurs enfants, ça va pas ben à messe" pour personne. Aussi bien laisser tomber.

Deuxième thème

Quand je fais jouer des oeuvres à la fin du cours, je devrais toujours choisir moi-même. Pas de rock (pour ne pas faire de peine à Jésus), pas de musique arabe ( pour ne pas faire de peine aux Juifs), pas de musique klezmer (pour ne pas faire de peine aux Arabes), pas de jazz et de blues (pour ne pas faire de peine aux esclavagistes), pas de musique de Noël, Halloween, Saint-Valentin ou bonne fête Roger (pour ne pas faire de peine aux témoins de Jéhovah) pas de musique sacrée (pour ne pas faire de peine aux athées) et pas de musique profane (pour ne pas faire de peine aux croyants?).

Coda

En passant, les élèves se regroupent en général par couleur de peau dans mon école. On n’a pas de problème de racisme. Vraiment pas. C'est un réflexe normal et compréhensible.


***




11 janvier 2007

À propos de Petit Elfe

On ne peut quand même pas appeler ça une suite...

Y a un moment de ça, j'étais coincé dans un vins et fromages. Je m'attendais à une soirée assez plate merci. Je ne savais pas qu'il y aurait un piano, une guitare et des gens qui sont un peu moins snobs et coincés après quelques fromages... ou serait-ce le vin? Vous n'y êtes pas... c'est la musique! Quoique je refuse de jouer à jeun dans ce genre de soirée mondaine... Hum! J'vous avais dit qu'il y avait des snobs dans la place...

Avant d'être complètement saoul et d'entonner "Le vieux dans le bas du fleuve" avec quelques Beaucerons, eux-mêmes assez finis, j'ai eu une conversation avec l'hôte. Le type a un boulot honnête : il est pédopsychiatre.

On parle enfant. On parle psy. On parle école. On parle petits elfes (notez le pluriel...).

J'ai pris conscience d'un truc à ce moment :

Dans une famille dysfonctionnelle (lire "une gang de psychos"), c'est souvent l'individu le plus faible qui montre les plus grands symptômes.

En gros, ça veut dire que ce n'est pas parce qu'un enfant lance sa chaise en classe, met son hamster dans le micro-onde et croit que Roger existe vraiment qu'il est le plus "fucké" de sa famille. Les cas me venaient à l'esprit par dizaines... le mien entre autres.

Je ne crois pas que Petit Elfe devrait aller à l'école psychiatrique. A-t-elle vraiment essayé de se suicider pour rejoindre Maman qui l'attend sur un nuage? Une corde autour du coup, l'autre extrémité autour d'une lampe. Tentative de suicide ou jeu du chien-chien attaché près de sa niche? Qu'est-ce qu'on en sait?

Y a un truc que je sais par contre : si elle va à l'école psychiatrique, il y a automatiquement des rencontres avec la famille. Je lui donne un mois et elle est sortie de là.

Je doute qu'elle nous revienne... Non mais... qu'est-ce qu'on pourrait penser?

08 janvier 2007

Petit Elfe

Cet après-midi, alors que je fouillais dans l'entrepôt de l'école en quête d'un truc d'une futilité indicible, je suis tombé sur un objet qui appartient à une de nos élèves. J'avise la secrétaire. Elle répond que la petite ne fréquente plus notre école. Elle commence aujourd'hui à ***insérez le nom de l'hôpital psychiatrique de votre choix ici***.

Avez-vous déjà remarqué que les enfants prématurés ont souvent l'allure de petits elfes? La peau semble mince, les yeux trop grands, les oreilles... Lorsque l'enfant est vraiment prématuré, il peut développer des problèmes auditifs, qui plus tard, se manifesteront par des difficultés d'apprentissages. Rien d'incontournable.

Il y a quelques années, un petit elfe regardait sa maman dormir... du moins, c'est ce qu'elle pensait. Cette nuit-là, Maman en avait assez de vivre. La douleur est parfois si grande qu'on préfère ne plus se réveiller. Il y a des moyens pour ça et Maman les connaissait.

Papa ne voulait pas de Petit Elfe. Un classique dans le quartier.

C'est un parent proche qui a accueilli la petite. À chaque année, pour l'anniversaire de Maman, ils font une fête avec un gâteau. Les visites au cimetière sont plus qu'annuelles. Maman est omniprésente...

Parfois, à l'école, Petit Elfe parle de la mort.

Disons que les intervenants sociaux ont du pain sur la planche... Peut-être trop... Mais peut-être moins qu'ils le pensent. L'ordinateur portable, l'appareil auditif, le prof itinérant, les rencontres avec les t.s. et autres spécialistes. Tout ça sur les heures de classe. Y a rien comme la marginalisation!

Petit elfe n'est pas l'enfant la plus populaire de sa classe, mais elle a des petites copines. Parfois, elles se chamaillent. Et vous? Étiez-vous l'enfant le plus populaire de la classe qui n'avait jamais de conflit?

Je pense que petit elfe aurait du rester parmi nous.

Je ne suis pas le seul.

À suivre...?

01 janvier 2007

Résolution(s)

Je sais... c'est kétaine et on n’en a rien à cirer. Mais je me dis qu'en écrivant mes résolutions sur ce blogue, je risque peut-être de les respecter.


1- Plier les genoux lorsque je me penche.

2- Apprendre à utiliser les logiciels Logic et Ableton Live.

3- Ne pas utiliser Cubase SX quand je ne sais pas comment faire quelque chose sur Logic.

4- Faire plus de musique pour moi-même.

C'est réaliste hein? Plate mais réaliste. Tout le contraire de ce que j'aime.

Bonne année à vous tous!

30 décembre 2006

Ti-bonhomme pendu





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23 décembre 2006

J-L

En sixième, un élève a été arrogant avec moi hier. Appelons-le J-L. Contrairement aux autres élèves à qui j'enseigne depuis qu'ils sont petits, je ne connais pas J-L. C'est un nouveau et c'est normal pour un nouveau de tester les adultes... Mais il faut choisir ses batailles. Je venais d'avertir la classe. Ils avaient dépassé les limites et devaient respecter les consignes à la lettre. C'était facile : rien dans les mains. Après deux avertissements du regard, J-L reprend encore son crayon pour dessiner sur son cahier. La conséquence préalablement annoncée? Dehors! Pas en dehors de la classe. En dehors du projet. Oui, LE projet. Le show devant 5000 spectateurs. J-L ne connaissait pas et n'avait rien a foutre du projet. Ce sont ses mots : " j'en ai rien à foutre!". OK. T'es out mon homme et j'appelle chez toi de ce pas.

Ma séance se termine. Les élèves ont un cours de gym et je descends avec eux pour téléphoner aux parents de J-L.

Collègue : "Je peux te parler avant que tu téléphones?"

Moi : "Oui?"

Collègue: "Pas devant les élèves."

Moi (borné) : "J'appelle maintenant."

Collègue s'approche de moi et m'entraîne à l'écart.

Collègue : "Tu fais ce que tu veux, mais je veux juste te prévenir, tu vas appeler dans une maison refuge pour femmes battues."

Moi : "Ouais pis? C'est pas une raison pour manquer de respect aux enseignants!"

Collègue : "Je voulais juste te prévenir..."

Merci Collègue. Je ne suis plus très certain pourquoi, mais je n'ai pas appelé tout de suite et ensuite, j'ai oublié.

Le lendemain.

Prof de gym : "Tu as ramassé J-L d'aplomb hier?"

Moi : "Mets-en! D'ailleurs, il faut que j'appelle chez lui aujourd'hui. Comment tu sais que je l'ai ramassé?"

Prof de gym : "Les autres étaient fâchés contre lui. Même ceux de son équipe lui lançaient des ballons par la tête."

Moi (surpris): "Hein? Qui ça?"

Prof de gym: "Blondie et la petite clique branchée."

Moi : "Ouch... ça veut dire qu'il est pas mal rejet là?"

Prof de gym : "D'après toi?"

La fleur et le pot. Mes élèves s'en prennent à un flo qui me manque de respect. Assez particulier et je vous avoue que ça me fait un velour. Mais que le jeune devienne rejet... Bordel! J'ai l'impression de faire partie d'une clique d'élèves. No way! Un jeune avec un père violent. C'est pour lui que le projet existe. En plus, le type avec qui il va travailler sur les décors est un homme extraordinaire qui sait tirer le meilleur des enfants et leur balancer en pleine face.

Je devais donc faire ce qu'il ne faudrait jamais faire.

Je me pointe dans sa classe. Il reste 20 minutes avant le départ pour les vacances. Les élèves sont en cercle. J-L est seul à son pupitre. Il n'a pas l'air triste. Il a vu pire.

Moi : "Hey Collègue, tu me prêtes J-L pour quelques instants?"

Collègue : "Pas de problème."

Les autres le regardent comme on regarde un condamné manger son dernier repas...

OK. J'en mets un peu. Disons qu'ils se disent que J-L est vraiment dans la... Un mélange de compassion et de "tu l'as cherché".

Dans mon local, je tends une bouteille d'eau à J-L.

Moi : "Je t'offrirais bien une bière ou un café, mais c'est illégal."

J'ouvre ma bouteille. Il ouvre la sienne. On boit en silence. Il ne faut pas que je parle trop. Droit au but, on règle ça rapidement.

Moi : "Avant d'appeler chez toi, comme je ne te connais pas encore, je me suis renseigné. Je ne te raconterai pas d'histoire. Disons que je sais pourquoi tu as déménagé..."

Lui : "..."

Moi : "Je veux que tu fasses le projet. Sincèrement."

Lui (timidement) : "Moi aussi je veux le faire..."

Moi : "C'est réglé! Maintenant que tu sais que je suis un gros facho, tu fais attention hein?"

Lui : "..."

Moi : "Tu joues aux échecs?"

Lui : "Oui! Je suis bon!"

Moi : "Excellent, je vais te planter et tu n'auras pas d'autre choix que de reconnaître ma supériorité intellectuelle."

Lui : "On a que 10 minutes."

Moi : "C'est ben en masse."

On se pointe dans sa classe. On dirait une mise en scène. Nous sommes d'un sérieux... Les élèves essaient de nous lire en vain. Nous prenons place, de chaque côté de l'échiquier.

Moi : "Prépare-toi à périr simple mortel."

Lui : "Jamais!"

Blondie (vraiment surprise) : "Hein? Vous allez jouer aux échecs? Ensemble?"

Moi : "J'aurais aimé mieux la lutte dans la boue, mais c'est un peu salissant."

Quelques badauds s'approchent du jeu.

Un badaud : "Come on J-L, il faut que tu battes Prof Malgre Tout!"

Un autre : "Ouais! Vengeance!"

Je lance un clin d'oeil à J-L. Il ne le voit pas. Ces yeux sont déjà rivés sur l'échiquier.

Moi : "En passant, j'habite ton quartier... je vais souvent au parc V*** avec mon fils. Si tu me vois, tire-moi une balle de neige."

J-L : "Et si y a pas de neige?"

Moi : "T'as pas le choix, tu viens me dire salut."

Je suis fier de moi... Vraiment fier. C'est raide d'être nouveau dans cette école. En sixième, on en a eu deux cette année. J-L et une jeune fille africaine. Elle vient d'un pays en guerre. Là-bas, elle n'est pas une ado, elle est une jeune femme. Disons que les soldats se foutaient pas mal de la Convention de Genève dans son coin du monde. Mais même quand tu arrives de l'enfer, c'est encore difficile d'être nouveau.

C'est sûrement le billet le plus prétentieux de ma carrière de blogueur. Ça doit être vraiment insupportable à lire, mais... c'est MON blogue.

Joyeux Noël!




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22 décembre 2006

Promotion d'un site

reussirlareforme.qc.ca

Vraiment pathétique. Voici un site pour promouvoir la réforme... allez voir qui sont les signataires. La proportion d'enseignants parle d'elle-même.

Le site

Les signataires : des conseillers pédagogiques, des professeurs (université), des directeurs, etc... Des gens qui n'enseignent pas vraiment, mais qui aiment bien dire aux autres comment le faire...







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20 décembre 2006

Dring...

Dring...

Bah...

Dring...

Blonde : "Tu réponds?"

Dring...

Moi : "Grrr..."

Dring...

Moi : "M'emmerde..."

Dring...

Moi : "Argh!!! C'est quoi encore?"

Je n'aime vraiment pas le téléphone. Je suis grognon et antisocial et j'adore ça.

Moi (pas sympa du tout) : "Oui allô!"

Une voix : "Prof Malgré Tout?"

Moi : "Ouais..."

La même voix : "C'est Roger!"

Moi : "C'est ça... salut Roger!"

Un petit comique... Y en a qui n’ont vraiment rien à faire... que j'me dis.

La même voix plate : "Blonde Malgré Elle est là?"

Oups. J'oublie toujours que Beau Père Malgré Lui s'appelle Roger.







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19 décembre 2006

Hummm... Rudolph

C'est banal, mais ça prend de la neige pour qu'on se sente Noël. Sans le grand manteau blanc, pas d'effervescence.

Ce matin, première année. À la fenêtre, quelques flocons.

Moi: "Vous connaissez le resto "Frite Alors!"?"

La classe : "..."

Moi : "C'est un resto de hamburgers et de frites. Ils ont un hamburger qui s'appelle Rudolph... Un hamburger de caribou. Vous savez ce que c'est un caribou?"

Blazé : "J'y vais avec mon père..."

Moi : "Merci pour cette magnifique tranche de vie, mais ce n'était pas la question."

Ti-smatte : "Un hibou?"

Moi : "Nope... C'est un renne."

Blazé : "Je le savais."

Ti-cute : "Un renne... Comme pour le traîneau du Père-Noël?"

Moi : "C'est pour ça que le hamburger s'appelle Rudolph. Hum... c'était délicieux!"

Ti-smatte : "Quoi ça?"

Moi : "Rudolph."

Ti-Cute : "Hein?"

Ti-smatte : "Rudolph... le petit renne au nez rouge?"

Moi : "Je sais... c'est cruel , mais je n'ai pas pu résister. Hum... ça goûte bon du renne."

La classe : "Ouach!!! Méchant! Dégueu... etc..."

Moi : "Non non! C'était succulent. Avec des frites!"

La classe : "Miam miam.. des frites."

Ils boufferaient le Père-Noël lui-même si c'est servi avec des frites...

Ti-cute : "Regardez! Il neige!"

Toute la classe se tourne vers la fenêtre. Tous les yeux brûlent d'espoir, sauf une paire.

Blazé : "Il fait -2... ça ne restera pas."

Le pire, c'est qu'il a raison.

13 décembre 2006

Sex, Drugs and Rock'n Roll

Il y a huit ans, au début de ma carrière, ma rencontre avec les élèves de sixième année fut un choc. Bien entendu, j'étais conscient que les choses ne seraient plus "comme dans not' temps". Par contre, je ne savais pas que pour plusieurs flos de 12 ans, un vendredi soir se résumait à un 6 pack, une couple de joints et une partie de jambe en l'air. OK. Pas tous les élèves. Mais je ne parle pas d'un cas isolé non plus. En passant, je n'enseigne ni à Outremont, ni à Westmount. Ça joue un peu plus dur dans mon coin...

Heureusement, on a Floppy. Mais comme je suis daltonien, je ne peux pas vous dire de quelle couleur est Floppy. J'ai le choix entre brun ou gris... Est-ce que ça se peut un chien vert? Bah... L'important, c'est que sous Floppy, il y a un orifice, et dans l'orifice, il y a une main. La main fait bouger Floppy et Floppy explique aux ti-namis comment faire un message d'explication. Cool hein? Tu te calmes, tu dis ce que tu n'as pas aimé et tu proposes une solution. Tu te calmes, tu expliques ce que tu as fait et ce que tu feras la prochaine fois. Tu te calmes, tu expliques ton problème et bla bla bla... Tu te calmes! Je sais... ce n'est pas facile avec une main dans l'orifice, mais Floppy, c'est un pro. Un pro de quoi? À vous de juger. On s'en balance, ça marche.

Donc, on se la coulait presque douce depuis quelques années avec des élèves à jeun...

Ben non... C'est reparti. Trois jeunes de onze ou douze ans, un gars, deux filles, les yeux dans la graisse de bines. Moi le con, je n'allume pas qu'ils sont stones. C'est leur prof qui me l'a confirmé ensuite.

Moi : Salut Roger! Quoi de neuf?

Élève (exaspéré) : On peut-tu jouer là...

Ça, ça serait la réaction normale d'un élève à jeun de sixième année. Voici à quoi j'ai eu droit :

Moi : Salut Roger! Quoi de neuf?

Blondie : Cooooool! Roger...

Le gars : Hi hi hi.. Roger... Hé hé hé...

Brunette : Heille!!! On peut-tu jouer à la planète Choco?

C'est un jeu pour les maternelles...

Moi : Non... On a du boulot. Aujourd'hui, on compose pour le projet.

Blondie est couchée sur le gars.

Moi : Hey vous deux! C'est interdit de se reproduire en classe...

Le gars (sourire fendu jusqu'aux oreilles) : Ok. Hi hi hi...

Moi : Et assis-toi comme il faut.

Le gars (vraiment "vedge"): Hi hi hi...

Il s'exécute au ralenti... Je commence à avoir des doutes.

Je sépare la classe et laisse les trois travailler ensemble. Au moins, ils ne dérangeront personne. Il leur faut composer une mélodie sur des paroles déjà existantes. Ils doivent respecter la prosodie. Je me doute qu'ils ne feront pas grand-chose, mais je les laisse travailler dans un local tout près où je les ai à l'oeil.

Avant la fin de la période, les élèves partagent avec les autres leurs créations et je prends tout ça en note pour le projet. Bordel... Les trois ont bien travaillé. Ce n'est pas normal... À jeun, ils n'auraient rien foutu. Même que ce que Blondie m'a fait est pas mal du tout. Elle reçoit des félicitations de la classe. Dans le doute, le test ultime. Je m'assoie au synthé et sélectionne des sons assez psychédéliques merci... Quelques accords plus tard.

Le gars : Man... woooooo... c'est trop buzzé!

Blondie : Fait Eminem!

Brunette : Cool... C'est comme Pink Floyd.

Moi : Hein?Tu connais Pink Floyd?

Brunette : Mon père en écoute plein.

Le gars : Refais le son buzzé...

Moi : Quel son?

Le gars : Hein?

Moi : Quel son buzzé?

Le gars : Heu... N'importe quel sur ton affaire là...

Moi : Ça?

Je mets le paquet.

Il a tellement tripé que j'en ai presque rigolé. On aurait dit Ronnie, le personnage de Daniel Lemire

Je pense que si je leur avais fait entendre du Gentle Giant, ils auraient aimé... Pas normal.

À la fin de la journée, leur prof partage son doute avec moi. On se rend à l'évidence. Ils ont fait un méchant trip de dope sous notre nez. Allez-y! Flame on. On est au primaire bordel. On est plus à l'affût des ronds de pipi et des chicanes sur les règles de ballon chasseur que des élèves qui fument des joints.

Oui, il y a eu un retour sur tout ça. Non, pas de police et pas de direction. De toute façon, on n’a pas de preuve... Les parents? La mère de Blondie a déjà mis son point sur la gueule d'une prof pour l'avoir gardé en récupération pendant une récréation (elle ne faisait pas ses devoirs...). La bonne femme avait tinqué toute la nuit. Je ne connais pas les parents des autres, mais Blondie est la moins "puckée" des trois. Ça me donne le goût de les connaître?

Les enfants ont besoin d'une approche relationnelle dans ce genre de cas. On est là pour instruire, socialiser et qualifier (ça vient du Ministère!), pas pour les mettre dans le trouble et pour avoir la paix (ça vient du gros bon sens). Juste quelques mots bien pesés font la job parfois... Une fois dégrisés (eux, pas nous), leur prof les a rencontrés.

Leur prof : "Vous savez, ce n'est pas parce qu'on ne dit rien qu'on ne sait rien."

Juste ça, appuyé par le regard qui transperce l'âme, mais sans faire de mal.

Brunette : Untelle ne l'a pas fait...

Et voilà. C'est de la bonne graine quand même. Au lieu de nier, elle protège leur copine innocente.

À suivre...