08 janvier 2007

Petit Elfe

Cet après-midi, alors que je fouillais dans l'entrepôt de l'école en quête d'un truc d'une futilité indicible, je suis tombé sur un objet qui appartient à une de nos élèves. J'avise la secrétaire. Elle répond que la petite ne fréquente plus notre école. Elle commence aujourd'hui à ***insérez le nom de l'hôpital psychiatrique de votre choix ici***.

Avez-vous déjà remarqué que les enfants prématurés ont souvent l'allure de petits elfes? La peau semble mince, les yeux trop grands, les oreilles... Lorsque l'enfant est vraiment prématuré, il peut développer des problèmes auditifs, qui plus tard, se manifesteront par des difficultés d'apprentissages. Rien d'incontournable.

Il y a quelques années, un petit elfe regardait sa maman dormir... du moins, c'est ce qu'elle pensait. Cette nuit-là, Maman en avait assez de vivre. La douleur est parfois si grande qu'on préfère ne plus se réveiller. Il y a des moyens pour ça et Maman les connaissait.

Papa ne voulait pas de Petit Elfe. Un classique dans le quartier.

C'est un parent proche qui a accueilli la petite. À chaque année, pour l'anniversaire de Maman, ils font une fête avec un gâteau. Les visites au cimetière sont plus qu'annuelles. Maman est omniprésente...

Parfois, à l'école, Petit Elfe parle de la mort.

Disons que les intervenants sociaux ont du pain sur la planche... Peut-être trop... Mais peut-être moins qu'ils le pensent. L'ordinateur portable, l'appareil auditif, le prof itinérant, les rencontres avec les t.s. et autres spécialistes. Tout ça sur les heures de classe. Y a rien comme la marginalisation!

Petit elfe n'est pas l'enfant la plus populaire de sa classe, mais elle a des petites copines. Parfois, elles se chamaillent. Et vous? Étiez-vous l'enfant le plus populaire de la classe qui n'avait jamais de conflit?

Je pense que petit elfe aurait du rester parmi nous.

Je ne suis pas le seul.

À suivre...?

16 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est triste. C'est dans le genre "faisons notre boulot au plus vite, afin de passer à autre chose, et ne considérons pas les besoins de l'être humain devant nous". C'est pathétique.
Valérie-Ann

Dobby a dit…

Bonne chance à Petite Elfe... et j'espère qu'elle reviendra vite parmi vous. Me semble que ya d'autre moyen que "insérez le nom de l'hôpital spychiatrique de votre choix".

Le professeur masqué a dit…

Prof malgré tout,

Je relis votre billet et je me demande comment votre sensibilité ne vous nuit pas parfois. On sent tant d'émotions et de détails fins et subtils dans vos écrits. Je sais, c'est têteux comme message, mais cela se devait d'être écrit.

Zezette a dit…

La fée du bonheur tranquille a certainement oublié de passer au dessus du berceau de petit elfe. Tellement, tellement triste, ces histoires de vie ou "Pas de chance" insiste pour y creuser des sillons de misère...

Chroniques blondes a dit…

Oui, oui, oui, elle aurait dû rester parmi vous. Mille fois. Merci des ces portraits d'élèves, vraiment vous êtes pas parent avec Gabrielle Roy?

Jhon a dit…

finalement, des deux côtés de l'océan c'est pareil... ceux qui sont censés avoir les plus beaux coeurs ne sont pas ceux qu'on croit, et les vrais beaux coeurs en souffrent. vivement qu'on trouve un remède.

uneautreprofquiblogue a dit…

Moi je pense que votre sensibilité vous aide, j'en suis certaine en fait, à créer des liens, à savoir mieux intervenir dans les cas plus compliqués. Quand on travaille en milieu difficile, on se doit d'avoir place à une certaine sensibilité. C'est sûr que ça nous rentre un peu plus dedans, mais en même temps, à long terme, les résultats, autant pour les élèves que pour nous, sont efficaces et probants.

J'adore vous lire, je sens chez vous la même affecton et le même plaisir que j'ai à faire ce boulot.

Moi aussi, je pense que petit elfe, j'aurais voulu qu'on la garde.

Marie a dit…

...c'est à ces jeunes un peu différents ou carrément spéciaux qu'on s'attache le plus je pense...et certains deviennent inoubliables. Mes petits elfes à moi le sont.

gengen a dit…

Pauvre petite...c' est triste. Pouvez-vous quand même garder contact avec PEtite Elfe?

Prof malgré tout a dit…

Je ne garde pas beaucoup contact avec mes élèves. En fait, je n'ai jamais de contact extérieur avec eux. Quand des parents me lâchent un "tu devrais venir souper en fin de semaine", ça me met extrêmement mal à l'aise.

Se rapprocher trop de ces enfants, c'est les trahir à long terme. Ils ont besoin qu'on les aime... pas le contraire.

De toute façon, une fois au secondaire, ils finissent toujours par revenir faire leur tour à l'école.

En passant... je ne suis pas sensible.

P'tit Rien a dit…

J'étais le petit rejet de l'école... Un petit elfe de bonne famille tout de même.

Merci pour ce texte, très touchant, pour quelqu'un qui n'est pas sensible ;-P

Mamounia a dit…

J'essaie de comprendre pourquoi petit elfe s'est retrouvé ...ailleurs. Si on met ...ailleurs tous les enfants qui sont un peu rejets, un peu lents, un peu poqués, il ne restera plus grand monde à l'école! Est-ce que ce n'est pas une façon pour l'école de se débarrasser d'une source de dépenses et d'exigences particulières qui, pourtant, devrait faire partie de sa vocation?
Pauvre petit elfe, victime du système et d'une administration inhumaine...

fabilou a dit…

Je ne comprendrai jamais que les intervenants sociaux et médicaux de tous poils qui travaillent avec des enfants puissent ne s'occuper d'eux que pendant les heures scolaires !
Un exemple positif (mais ils ne sont pas tous comme lui) : notre dentiste. Faut pas qu'un adulte essaye d'y aller le mercredi après-midi ! C'est réservé aux enfants. En Belgique, ils n'ont pas cours le mercredi après-midi. Pourtant, ils sont 5 à travailler en même temps dans ce cabinet dentaire.

Prof malgré tout a dit…

Fabilou : Les heures scolaires, c'est un bon moment pour les rencontrer loin des regards des tuteurs. Je comprends quand même ton point de vue et je le partage.

Mamounia : Ce n'est pas l'école qui a placé Petit Elfe. Tous les intervenants de l'école à qui j'en ai parlé sont contre cette décision. Comme l'enfant a été recueilli après un suicide, c'est sûrement une instance beaucoup plus bureaucratique et décrochée que l'école qui gère le dossier.

P'tit rien : Je revendique le droit de ne pas être sensible. Ah, comme j'aimerais être un grand ténébreux...

Le professeur masqué a dit…

Dans le fond, Prof maudit, vous êtes une brute insensible, sans aucun empathie ou émotion. Ça vous va comme mensonges réconfortants?

Prof malgré tout a dit…

Prof masqué : Enfin! Quelqu'un qui me comprend.