21 novembre 2006

Résilience

J'entre dans le salon du personnel un peu en retard pour la réunion. Pas assez pour m'attirer l'ire du patron, mais assez pour qu'avec un peu de chance, il n'y ait plus de chaise disponible autour de la table. Dans cette éventualité, je devrai me rabattre sur le sofa ou un fauteuil... Comme on n'a pas que des amis au travail, j'ai une place autour de la table...

Alerte, alerte! Intrus détectés. Préparez-vous à être désactivé! Wooo... les nerfs. Pas trop moches les intruses en question. Alors, on se calme, on écoute ce qu'elles ont à dire et on les désactive ensuite.

Deux étudiantes. Le genre à faire une maîtrise sans rédiger de mémoire. Une maîtrise pratique qu'on dit... Assez pratique en effet. Ça peut nuire aux études de trop écrire. Le sujet de leur machin (je n'ose pas dire "mémoire") : la résilience chez les profs en milieux défavorisés. Charmant comme sujet. C'était assez branché il y a deux ou trois ans, cette chose qu'on appelle résilience.

Les étudiantes nous expliquent leur démarche.

Une d'elle : "Vous avez des questions?"

Moi : "C'est très intéressant ce que vous dites, mais pourquoi êtes-vous ici?"

L'autre : "C'est un milieu défavorisé..."

Moi : "Oui, mais on a un sacré roulement de personnel ici. Je suis à statut précaire et il n'y a que deux profs plus anciens que moi dans la boîte."

La même : "Ah..."

Moi : "Et vous parlez d'étendre votre étude sur deux ans..."

L'autre (sur les dents) : "Qu'essayez-vous de nous dire?"

Moi : "Que si la tendance se maintient, l'an prochain, plusieurs des profs qui feront partie de l'étude ne seront plus ici."

L'autre (exaspérée) : "Ben, on les contactera dans leur nouvelle école et on poursuivra l'étude là-bas."

Elle me regarde comme si je ne comprenais rien, moi le petit prof minable. J'adore ça.

Moi : "C'est bien une étude sur la résilience? La capacité de s'adapter à quelque chose de stressant? De rester..."

Et là, y a mon patron qui me regarde à la fois amusé et embarrassé. Le reste du staff regarde leur montre. C'est le temps de fermer ma grande gueule.

Elle : "Oui... ben... heu..."

Moi : "Ah ok! J'embarque si vous voulez de moi comme rat de laboratoire!"

Désactivation complétée. Intrus exterminés. Mission accomplie. Victoire! Victoire!

On ne les a plus revues.

Où croyez-vous qu'elles vont travailler plus tard? Au ministère ou à la commission scolaire?

18 commentaires:

le professeur masqué a dit…

Dans votre choix de réponses, vous avez oublié prof en sciences de l'éducation...

Prof malgré tout a dit…

Vrai!

Jessica a dit…

Par contre, elles auraient très bien pu faire leur étude... Justement, si plusieurs profs partirait, ne pourraient-elles pas conclure sur un manque de résilience? Qu'est-ce qui empêche de conclure négativement? Et encore de voir où ces profs se retrouveraient s'il s'agit d'endroits moins stressants et voir combien de temps ils resteraient à cet endroit-là. Tout en tenant compte des divers facteurs menant au changement d'établissement, à savoir si la décision vient du professeur en question. Mais il est vrai que je n'y connais en terme de maîtrise (ce ne sera pas avant quelques années) alors peut-être qu'il est impossible d'y aller dans ce sens-là...
Par contre, ce qui me semble aberrant, c'est cette histoire de maîtrise sans mémoire...

Elles auraient au moins pu penser à toutes ces possibilités... Même si elles partent avec l'idée de montrer la résilience, si les faits montrent plutôt le contraire, ne faut-il pas plutôt se remettre en question, remettre "l'hypothèse" de départ en question et conclure d'après les faits?
Ou peut-être ont-elles pensé à toutes ces éventualités, mais n'ont pu répondre sur le coup à cause du stress?

Mettons-nous à leur place quelques instants... Une maîtrise c'est gros, imposant, stressant, différent de tout ce qui a été vécu jusqu'à ce moment... Il s'agit d'une étape déterminante. N'est-ce pas normal d'être déstabilisé?

Si elles ne changent pas leur approche et leur sens critique, vous croyez vraiment qu'elles vont réussir leur maîtrise? Bon, déjà en partant avec cette affaire de maîtrise pratique, ça augure mal!

Bref, beaucoup de mots pour dire peu de choses; elles feraient mieux d'y repenser deux fois!
Je vote pour la comission scolaire; les ministres ont habituellement quelque chose à répondre même si c'est tout croche et sans allure la plupart du temps...

Prof malgré tout a dit…

Il y a de plus en plus de maîtrises qui consistent en une accumulation de données lors d'un stage ou d'une recherche.

Je comprends la différence entre maîtrise et doctorat et face à cette différence, l'option "maîtrise pratique sans rédaction de mémoire" tient la route. Il y a des étudiants extrêmement performants qui feront ce genre de maîtrises.
Par contre, dans des disciplines comme l'enseignement et les soins infirmiers, où trop de gens font une maîtrise seulement pour augmenter leur salaire en gardant le même boulot, il est évident que ce nouveau genre de maîtrise est une occasion en or. Come on... pas de mémoire... Ça devient comme un autre cours du baccalauréat en plus exigeant (on espère). La nature des travaux remis dans ce contexte est la même qu'au bac. On ne parle plus de séminaire et d'échange d'idées. Plus facile pour les étudiants et plus payant pour les universités. Pratique ou pathétique?

Ostie que j'suis snob!

Chroniques blondes a dit…

Ohhhhhh. J'adore quand vous êtes subversif et corrosif. Ohhhhhhh.

Jessica a dit…

Vous m'éclairez un peu plus sur le sujet, merci!

Ne serait-ce pas plutôt pathétique mais pratique pour les étudiants concernés?

Josée a dit…

Et vous très cher Monsieur Prof Malgré Tout, quel genre de Maîtrise avez-vous donc??? Et oui, je vous accorde le snobisme intellectuel!

Prof malgré tout a dit…

Une Maîtrise en Interprétation ma chère! Et c'est considéré comme une maîtrise avec mémoire (un chic type mon directeur de mémoire). Ceux qui ne sont pas contents n'ont qu'à monter la côte et aller se plaindre au doyen. Au moins, dans nos séminaires, les nounouches et les niochons se faisaient mettre leur idiotie en pleine face. On n’était pas 60 dans la classe et on ne devait pas faire des travaux en équipe pour permettre aux incompétents de passer le cours ou pour alléger la tâche de correction du pauvre chargé de cours (on avait des profs nous...). En plus, en février, on se tapait un récital digne d'un ballottage de télé-réalité. Tu ne joues pas assez bien? Out! Même pas le droit de réessayer. Finito. Ciao. Kaput! On ne veut plus te voir la face en interprétation.

En passant, j'ai laissé un sac de couches à la garderie et j'ai payé pour les photos de Fiston. J'ai descendu le compost au péril de ma vie. C'était ton tour, mais Fiston à plus besoin d'une mère que d'un père détenteur d'une maîtrise douteuse...

Je t'aime

N.B. Lors de notre première rencontre, j'aurais du te balancer une valse de Barrios au lieu de te faire du Brassens à poil sur le lit. Mea culpa! C'est de ma faute si tu ne me prends pas au sérieux maintenant...

Josée a dit…

Espèce d'exibitioniste!

Zed Blog a dit…

Bin finalement, est-c-e qu'on est pas recvenus à la résilience, là?

:DDD

Anonyme a dit…

Cher prof malgré tout,

Vous avez tout vrai lorsque vous dites :"On n’était pas 60 dans la classe et on ne devait pas faire des travaux en équipe pour permettre aux incompétents de passer le cours ou pour alléger la tâche de correction du pauvre chargé de cours (on avait des profs nous...)."

Maintenant, des classes de 60 dans les universités, ce sont de petites classes. Faut ce qu'y faut quand le gouvernement ne s'intéresse plus à l'éducation supérieure (ou si peu). Quoiqu'il en soit, je suis moi-même chargé de cours depuis 15 ans, et je peux vous dire que mes connaissances empiriques et pratiques des matières que j'enseigne font de moi un bien meilleur enseignant universitaire qu'un ti-cul de 28 ans, détenteur d'un doc et d'un post-doc, qui habite encore chez papa-maman mais qui peut se targuer du titre de professeur.

Prof malgré tout a dit…

Anonyme : Amen. Loin de moi l'idée de dénigrer les (sur)chargés de cours.
Je voulais juste pomper un peu Madame Malgré Tout...

Les universités abusent des chargés de cours et que dire des auxiliaires en enseignements...?

Anonyme a dit…

vous êtes bloqués sur le site de ma commission scolaire... pour contenu inapproprié... particulier, n'est-il pas?

Prof malgré tout a dit…

Sérieusement???

Quelle est votre commission scolaire?

Bordel...

Anonyme a dit…

Ce doit être la commission scolaire qui a engagé vos deux étudiantes en maîtrise.

le professeur masqué a dit…

Chez nous, vous n'êtes pas censuré, cher Prof maudit. Peut-être ignore-t-on encore votre existence? Mais il serait intéressant de savoir de quelle CS il s'agit, question de valider cette information et d'éviter de répandre de fausses informations.

Miss Patata a dit…

Le sujet est tout de même de prime abord intéressant, sauf que.... Je ne crois pas que le problème dans les école puisse être attribué au professeur en tant que tel... En bref je ne crois pas que les caractéristiques des professeurs aient une si grande importance quand à leur résillience, je crois plutôt que c'est le contexte, les dispositions interne de l'école, l'oganisation etc...

Dobby a dit…

Ça me fait penser à cette nunuche, dans mon bac, qui se vantait qu'elle n'irait jamais enseigner, qu'elle ferait plutôt une maîtrise. Je n'ai jamais compris et je ne comprendrai jamais comment on peut faire une maîtrise en éducation si on n'a pas tâté minimalement (sans compter les stages) du milieu. Je me suis toujours dit que cette niochonne du plus haut point, cette épivardée de la connaissance et cette snobinarde qui lève le nez sur les classes serait probablement dans un gros bureau, au ministère ou dans une CS, en train de concocter les futures manières d'enseigner. Sans même y avoir touché. Ça me fait frissonner.