04 juin 2007

Critique d'opéra

Qu’on compose une sonate pour basson et orgue Hammond, qu’on prépare un vins et fromages, qu’on consomme le fruit défendu avec qui c’est permis ou qu’on mette en scène un opéra, il y a un principe de base à respecter : garder l’intérêt des pauvres bougres qui ont payé un billet jusqu’à la fin.

Hein? On ne devrait pas payer pour le fruit défendu? D'accord. Mais vous comprenez le principe? Excellent!

Oui. Je vous parle de Don Giovanni et mes pires craintes se sont confirmées. Pour l’humour, rien à redire sauf bravo et encore bravo. Vous êtes génial monsieur Cyr. Par contre, pour ce qui est de la statue, vous n’avez rien compris!

Votre premier acte était charmant. La direction des chanteurs ferait l’envie de plusieurs comédiens et je me suis amusé comme un petit fou. Le décor et les éclairages étaient superbes et la mise en scène, juste assez dynamique pour ne pas «outstager» la géniale musique de Mozart. Bien sûr, il n'y avait pas de statue. Et comme Leporello le dit si bien : "pas de statue, pas de problème".

Au deuxième acte, on cherche le décor, mais on se dit qu’il va arriver plus tard. On se doute que vous gardez du jus pour la scène dans le cimetière avec la désormais célébrissime statue.

Le rideau se ferme. Donna Elvira entame son air devant le rideau. On en a pour au moins 5 minutes. De quoi nous servir un cimetière digne de Stephen King. Je n’en peu plus... Je languis. Vais-je reconnaître la statue? Il y en aura peut-être plusieurs et nous devrons trouver la bonne. Chouette! Un jeu!

Le rideau s’ouvre.

Niet. Nada.

Bordel... Vous en avez profité pour enlever le peu de décors qui restait! Hein? Minimalisme? Concept? De quessé?

Heille! Où est ma statue? Y a rien sur la scène à l’exception d’une énorme colonne de briques qui malheureusement, ne s’effondrera pas sur ce pauvre Don Giovanni et quelques lumières au sol... des citrouilles? J'ai peur. La colonne... Il ne faut pas que ça soit la statue. Ça va faire les concepts.

Et voilà que le «commandeur» se pointe côté jardin, traverse la scène au lointain et va se stationner côté cour. Oui, vous avez bien compris. Le «commandeur». Je sais... il est devrait être mort dans le premier acte et revenir en statue, mais comme il marche et porte les même habits que lorsqu’il était vivant, ça serait blasphème que de le qualifier de statue. Après ce qui est arrivé à Don Giovanni, je ne déconne plus avec les statues. Faut pas les chercher. Sont susceptibles de nos jours...

Donc, pas de cimetière, pas de statue. Je sais que l’Opéra de Montréal est en redressement budgétaire, mais quand même... OÙ EST MA STATUE?!?

Plus tard, ça frappe à la porte de chez Don Giovanni (je le sais seulement parce que c’est dans le livret, y a rien sur la scène...). C’est le «commandeur» (ce n’est pas la statue, il est encore habillé de la même manière, le salaud) qui vient souper. Il restera planté au même endroit tout le long de la scène. Don Giovanni et Leporello ne bougeront pas vraiment non plus. Il me semble que ce n’est pas compliqué. La statue peut bouger maintenant. C’est dans le cimetière (quel cimetière?) qu’elle devait essayer de rester immobile pour qu’on se bidonne un peu. Mais là, elle vient pour faire la peau à Don Giovanni. Hein? Elle a des super pouvoirs et peut faire tout ça sans bouger?

C’est quoi l’affaire? Vous n’avez pas eu le temps de finir la mise en scène? Concept? Come on... On a vu Don Giovanni quitter la scène en marchant. Ça ne vous tentait pas d’utiliser le choeur, de leur balancer des capes ou n’importe quoi d’un peu lugubre et qu’ils entraînent Don Giovanni? Mozart a pris la peine de moduler quand Don Giovanni prend la main de la statue. On a affaire à un effet monstre, une sorte transfiguration musicale? N’importe quoi... Quoi? Vous ne lisez pas la musique, monsieur le metteur en scène? Ça ne vous tentait pas d’acheter le disque? Ah... trop de versions disponibles. Incapable de choisir... Je comprends. Désolé.

Et les éclairages? Bordel! Le type se fait payer un billet aller simple pour l’enfer. Ça ne vous tentait pas de faire flasher un peu les projecteurs? Y avait pas de gobos un peu spooky qui trainaient par-là? Y avait pas un sac de farine qui traîne quelque part qu'on le vide sur le commandeur pour qu'il ait un peu l'air d'une statue?

Faites quelque chose quelqu'un... JE VEUX MA STATUE!!!!

Pour une fois que ce n'est pas l'histoire d'un ténor qui veut se faire une soprano et y a une basse qui ne veut pas. C'est l'histoire d'un baryton qui veut se faire tout ce qui bouge, mais y a une statue qui veut pas!!! Hein? La statue est basse? Y en avait pas de statue bordel!!!


Je tape fort? Pfff... Au prix qu’ils sont payés, ils sont capables d’en prendre.


Héhéhé. Imaginez si j’avais gagné les billets de Voir.ca. J’aurais écrit ça comme critique. On aurait bien rigolé hein?



Je vous rebalance ce chef-d’oeuvre : le trio Statue-Don Giovanni-Leporello. Dans ce billet pour la traduction.








Cheers!






...

10 commentaires:

Zed Blog a dit…

Comme je le disais, c'est jamais drôle, les statues précaires.

Un jour elles sont là, le lendemain, pffffuitttt!

Et tu sais, ce n'est jamais fini tant que ce n'est pas fini. Je n'avais pas fini de vider mon âr... ouche... âme. Et là, je suis revenue du travail, alors, j'en ai profité.

Il va falloir que tu retournes en bas si tu veux voir. Pauvre toi.

Tu as été bien silencieux sur la provenance de tes billets... Qui as-tu séduit, encore?

:D

bibco a dit…

Même après avoir relu trois fois je me bidonne encore... Quelle fougue! :-)

Zed Blog a dit…

Fougue en sol majeur (ça marche, ça? Mes cours de solfège sont si loin.), ce PMT...

Oké, là c'est vrai. À vous! :)

Le professeur masqué a dit…

Au risque de me faire boycotter: «Pis, sta-tu bon l'opéra, cher PM?»

Prof malgré tout a dit…

Décevant... mais à l'opéra, il nous reste une arme secrète : on ferme les yeux!

Bernard Labadie est bon, mais rien ne m'a bouleversé musicalement.

De quoi je me plains? Je n'ai même pas payer mon billet.

zviane a dit…

aaaah c'est pas vrai!!! Pas de statue!!! j'ai plus envie d'aller le voir.

Anonyme a dit…

Salut, j'ai passé l'après-midi à lire tous les billets accumulés sur ton blogue et j'voulais attendre de les avoir tous lus avant de publier un commentaire mais, il est déjà un peu trop tard pour finir quelques mois...

C'est un autre ami prof de musique qui m'avait envoyé le lien en me disant que c'était intéressant.

Ça l'est effectivement! J'suis déjà accro.
Félicitations!
Profite bien des sentiments du travail accompli, tu les mérites bien!
merci
G.

Prof malgré tout a dit…

Zviane : C'est terminé de toute façon.C'était la dernière représentation.

G : Bienvenue!

Zed Blog a dit…

Même s'il y en avait eu d'autres, ça aurait été staue quo.

jme a dit…

Je suis totalement d'avis avec vous cher professeur. Nous avons le même problème chez nous, à Paris, où, sous couvert d'art contemporain, on nous sert des opéras dépouillés à l'extrême. car enfin, l'opéra est certes une musique, mais c'est également un livret ! Je demande que l'on retourne aux sources et que les têtes des hérétiques soient plantées sur des piques (certains diront que c'est la nostalgie de 1789).

Vive l'opéra en costume.