15 mai 2007

L'os à souhait

Je vous ai déjà parlé d’un élève qui consommait. Un cas lourd, un cas triste... Un cas de plus. Il est encore là, parfois.

Ça ne va pas pour lui. Il se tient avec des élèves du secondaire et trempe dans plein de magouilles pas très cathos. Malheureusement, ses problèmes dépassent les solutions qui sont offertes dans une école primaire.

Aujourd’hui, j’avais des choses à mettre au clair avec les élèves de sixième. Un exercice de routine dans le genre : «ça va faire le niaisage!». Au menu: vous n’êtes que des préados, des wannabes et moi je suis le boss dans ma classe. Passionnant. Exceptionnellement, notre cas national était là.

Moi : «Je vous le dis, vous avez encore un pied dans l’enfance.»

La classe : «...»

Moi : «Non mais regardez-vous! Pas de réaction. Des pseudo ados.»

La classe : «...»

Moi : «Voulez-vous une preuve?»

La classe : «...»

Je m’empare d’un ver de terre marionnette (qu’est-ce que je fous avec ce truc?) et d’un plumeau. Hop! Derrière un tableau. Que le spectacle commence.

Le ver se balade candidement par un bel après-midi quand soudain, il se fait attaquer par le plumeau. Je vous épargne les détails, mais grâce à ses super pouvoirs ninjas, le ver vaincra le plumeau et l’humanité sera sauvée.

De derrière mon tableau, je les entends se bidonner. Ils en redemandent. Dans le coin gauche, notre tough se force pour ne pas sourire.

À la fin du cour, je sors un os à souhait (c’est toujours utile dans une classe). Ils veulent tous leur chance de se voir exaucer un voeu. Des préados vous dites?

Moi : «OK, les deux qui ont eu le plus d’avertissements ont plus besoin de chance que les autres, alors, c’est eux qui pourront briser l’os. Et passant, je ne parle pas de se faire casser les deux jambes...»

Notre caïd national se pointe avec un autre qui sans le savoir, n’est que figurant dans cette histoire, le pauvre. Car vous l’aurez deviné, c’est moi qui leur place les doigts et l’os. Disons que j’ai poussé un peu la chance de notre bum national.

Moi : «D’accord. Faites un voeu, messieurs, et attendez mon signal.»

La classe : «...»

Moi : «GO!»

Crack.

Tout se déroule comme prévu et notre Billy the Kid national se retrouve avec le plus grand morceau d’os entre les doigts.


Moi : «J’espère que tu as fait un beau voeu.»

Lui : «J’en ai pas fait.»

À partir de ce moment, je n’ai pas les mots pour traduire. J’ai vu l’enfant. Je pensais qu’il allait pleurer...

Parce qu’il n’a vraiment rien souhaité? Ou plutôt parce qu’il a souhaité quelque chose d’impossible?




La foi, c’est la nourriture de l’âme. Je le sais, car je suis moi-même affamé.

À quoi rêve-t-il la nuit?











Franz Schubert : Natch und Traüme D827 (Nuit et Rêves)


Te voici, sainte nuit.
Et voici que les rêves,
Guettant le souffle du dormeur,
Viennent peupler son sommeil,
Comme se répand le clair de lune.
Quand vient le jour, il nous faut crier:
Reviens, sainte nuit!
Doux rêves, revenez!


Christoph Prégardien, ténor
Michael Gees, piano












Image piquée sur maryblackchurch.heroindiaries.com (mauvais jeu de mots...), mais trouvée par google.




...

11 commentaires:

jme a dit…

Un adulte aussi aurait fait un voeu. C'en est d'autant plus triste pour l'élève en question.

ÉcoloJu a dit…

Votre spectacle de marionnettes est tout à fait mon style aussi!!! Je me souviens très bien d'avoir enseigné l'accord du participe passé avec avoir, à des élèves de 6e, en arborant une marionnette du Père Noël sur la main droite!! Que de bons souvenirs!

Pour le bum, par contre, je n'ai pas de mots pour exprimer ce que je ressens... Faut pas le lâcher!

unautreprof a dit…

ah Seigneur! Je ne l'ai pas vu venir.

Que c'est triste!

Anonyme a dit…

C'est triste de ne pas avoir de rêves. Pauvre petit.
Grace à vous je viens d'écouter Nacht und Träume. Ça faisait longtemps. C'est beau (et un peu triste aussi).
Merci
barb

Zed Blog a dit…

Est-ce qu'il sait ce qu'est un voeu?

Ou peut-être le sait-il mais ne comprend pas.

C'est déjà bien, super bien, que tu lui aies enseigné et fait comprendre qu'il était éligible à cela, lui aussi. ;-)

la marâtre a dit…

Ont-ils compris qu'ils étaient encore des enfants malgré tout, puisqu'ils se sont bidonnés en écoutant votre pièce de théâtre mettant en vedette ce ver??? C'est tellement triste que ce besoin de devenir adulte (qui est sain) devienne si vite une réalité chez les enfants d'aujourd'hui :( .

Prof malgré tout a dit…

Des nouvelles de notre bum :

Il sera scolarisé à la maison pour le reste de l'année... jusqu'à nouvel ordre. Personnellement, je pense que c'est une façon détournée de garder la DPJ dans le décor.

Noble cause, noble tactique.

De toute façon, c'est un élève qui risque d'en entraîner d'autres dans sa chute. Je sais que ce n'est pas une raison pour le laisser tomber, mais croyez moi, son titulaire a fait tout ce qui était possible pour aider ce jeune.

Histoire à suivre?

Enidan a dit…

triste :o(

Natcho a dit…

Je serais curieuse (en fait, non!) de savoir ce qu'en penserait la blogueuse de Canoë aux points de suspension... un billet si triste... mais qui fait réfléchir, lui.

Martin a dit…

Il fallait voir la réponse de la dite blogueuse au sujet de la réflexion sur un acte sexuel donné par un prof tout dernièrement... C'était d'une beauté!!(lire la dernière phrase avec une légère pointe d'ironie...)

antagonisme a dit…

Bouleversant. Extraordinaire.