28 avril 2007

Grandeur d'âme?

En 1899, Arnold Schönberg est amoureux. Comme il est trop fauché pour payer une douzaine de roses à sa nouvelle conquête, il lui compose un sextuor d’après un poème qu'il n'a pas écrit...









Deux êtres marchent à travers le bosquet froid et nu;

La lune les accompagne, ils la regardent.

La lune court au-dessus des grands chênes;

Aucune nuée ne trouble la lumière du ciel,

dans laquelle s'élancent les noires cimes.


La voix d'une femme dit:


Je porte un enfant, et il n'est pas le tien,

Je suis dans le péché en étant prêt de toi.

J'ai commis une grande faute envers moi-même.

Je ne croyais plus au bonheur

Et pourtant j'avais grand désir

D'une vie qui ait un sens, des joies de la maternité,

De ses devoirs; c'est pourquoi j'ai osé

Me donner en tremblant à un étranger.

Je l'ai vécu comme une bénédiction.

Voilà que la vie s'est vengée,

Maintenant c'est toi que j'ai rencontré.



Elle marche à pas hésitants.

Elle regarde vers le ciel, la lune les accompagne.

Son regard sombre se perd dans la lumière.


La voix d'un homme dit:


L'enfant que tu as conçu

Ne doit pas être un fardeau pour ton âme.

Oh vois, de quelle clarté brille l'univers!

Tout resplendit autour de nous,

Tu vogues avec moi sur une mer froide,

Et pourtant une chaleur vibrante

Passe de toi à moi, de moi à toi.

Elle transfigurera l'enfant étranger,

Tu le mettras au monde pour moi, par moi.

Tu m'as apporté la splendeur,

Tu as fait de moi-même un enfant.



Il enlace ses fortes hanches.

Leurs souffles se mêlent dans un baiser.

Deux êtres marchent dans la nuit vaste et claire."







Qu’est-ce qu’Arnold essayait de dire à sa dulcinée?

-Même cocu, je t’aimerai?

-Grosse? Mais où vas-tu chercher des idées pareilles? (à propos des fortes hanches)

Pfff... Oeuvre de jeunesse...


J'entends déjà ma blonde : "Lui au moins, il était romantique..."




Arnold Schönberg: La nuit transfigurée/ Verklärte Nacht Sextuor Opus 4

Le Quatuor Talich avec Jiri Najnar et Vaclav Bernasek en renfort.

Le poème est de Richard Dehmel, un pote d'Arnold.









...

5 commentaires:

Zed Blog a dit…

Triste, doux, très beau, cet extrait de Arnold Schönberg.

Merci pour ce partage. Zed ;-)

Mathieu C a dit…

Ce que Prof malgré tout ne dit pas, c'est qu'après avoir entendu Pierrot Lunaire, la belle est partie en courant et a plutôt épousé un compositeur de valses vienoises que l'on peut écouter en sifflotant.

La dure vie de compositeur moderne.

Daniel Rondeau a dit…

Avec l'enfant et le géniteur, ils formeront le quatuor en renfort...

Prof malgré tout a dit…

Mathieu :Héhé... J'avoue que la musique moderne a ses limites en terme de séduction...

Daniel : Quatuor en renfort... hum.. pas certain de comprendre. C'est surement pour ça que je suis au primaire et toi au collégial! ;)

Joanie a dit…

C'est bon!:)
Ainsi que les commentaires qui les accompagne! ;)
Vraiment drôle!