29 novembre 2008

Pour le sacrifice, tout est prêt!

Pour le projet, je dois adapter des musiques extraites d’un opéra pour que des enfants de 11 ou 12 ans puissent les jouer sur des petits claviers et des instruments de percussion. Ça, c’est la moitié de la musique. Le reste, c’est les enfants qui le composent et moi, j’arrange le tout.

Sur douze élèves qui seront musiciens, trois sont de mon école. Les autres n’ont jamais fait de musique. Ils devront donc, de janvier à mai, en travaillant avec moi une fois semaine, se préparer pour accompagner les danseurs et les chanteurs devant 5000 personnes.

Petit détail : ils ne peuvent pas pratiquer à la maison, car ils ne possèdent pas d’instruments. Très petit détail...

Mais le plus con dans tout ça, c’est qu’on y arrive! Il s'agit de garder l'essentiel et de l'exploiter au maximum avec les moyens du bord.

Hier, je bossais sur un extrait de l’opéra Les Pêcheurs de perles de Bizet. J’suis donc pogné avec ça dans la tête et Fiston a voulu l’écouter quatre fois en ligne hier soir... Son passage préféré, c’est quand le choeur scande «pour le sacrifice, tout est prêt, tout est prêt!». Bordel... Ça reste dans la tête! Je regarde ma petite de cinq mois qui me gueule que ça fait mal des dents qui percent et dans ma tête, cette même litanie me hante: «pour le sacrifice, tout est prêt, tout est prêt!».

J’vous mets dans le contexte. C’est l’histoire d’un ténor (Nadir) qui veut se faire une soprano (Leïla), mais le baryton (Zurga) est jaloux parce que lui aussi aime Leïla. Il les condamne donc à être immolés pour le plus grand plaisir de Brahma. J’vous ai dit que Zurga et Nadir étaient des copains d’enfance?

Les Pêcheurs de perles
Acte 3, deuxième tableau







DEUXIÈME TABLEAU
Un site sauvage avec au milieu un bûcher. Des feux éclairent la scène d'une façon sinistre. À droite, un trépied supportant un brûle-parfums.

(Il fait encore nuit. Nadir est assis, gardé par deux pêcheurs. Le vin de palmiers circule dans les coupes. Danses et chants.)

CHŒUR
Dès que le soleil,
Dans le ciel vermeil,
Versera sa flamme,
Nos bras frapperont
Et se plongeront
Dans leur sang infâme!
Ardente liqueur
Verse en notre cœur
Une sainte extase :
Qu'un sombre transport,
Présage de mort,
Soudain les embrase.
Brahma! Brahma!

NADIR
Hélas, qu’ont-ils fait de Leïla?
Pour la sauver, s’il suffit de ma vie
Que sur moi seul enfin leur rage soit assouvie
Je me livre à leurs coups, je suis prêt, me voilà!
Hélas, qu’ont-ils fait de Leïla, hélas, hélas, hélas!

LE CHŒUR
Pour le sacrifice, tout est prêt!
Que la sombre forêt
De nos cris retentisse
Brahma! Brahma! Ardente liqueur, etc…


Charmant, hein?








...

7 commentaires:

Magenta a dit…

Wow, J'vous dis qu'il n'y avait pas de niaisage dans ce temps là... Pas de négociation à la Wannabe, et hop tous aux brasiers!

Comme texte, c'est quand même sadique, hein ?

;-)

Prof malgré tout a dit…

Ouais... Nous, on a changé un peu la chose. Au lieu d'aller au bûcher, Nadir et Leïla seront attachés à des genre de totems au bord de la mer et lorsque la marée montera, les requins sacrés viendront les dévorer...

Bien entendu, ça n'arrivera pas.

La belle Lurette a dit…

mais qu'ont-ils fait de Leïla?

Prof malgré tout a dit…

Belle Lurette : On lui a offert une job dans une toune d'Eric Clapton.

Nadir n'avait rien à dire.

Navet rien Nadir.

Prof malgré tout a dit…

Si vous êtes Daniel Rondeau, ne lisez pas ce commentaire.













En passant, le dernier commentaire est un hameçon pour Daniel Rondeau. On va voir qu'est-ce qu'il va nous sortir, cet intarissable source de joyeux calembour.

Prof malgré tout a dit…

Cette...

Elle a dit…

La bonne musique, c'est quand l'espace, aussi chargé qu'il puisse être devient vide et silencieux et que tout autour meurt pour donner un sentiment de puissance absurde et illusoire.

Permettre à des enfants d'apprécier la musique, de ressentir des vibrations fortes, de les initier à cet art trop populaire parfois, c'est bien. Plus que bien même.

Bravo.