13 avril 2008

L'invasion

Quand je lis les commentaire de ce billet, je pogne les nerfs.





L’invasion



Subtilement, tout en douceur, on n’a rien vu venir, mais maintenant, ils sont parmi nous et il faut faire avec.

Qui ça?

Les Français!

Par chance, ils ne sont pas venus seuls. Y a quelques Belges et quelques Suisses qui se sont joints à l’invasion. La différence? Le chauvinisme, Madame, le chauvinisme. Les Belges et les Suisses, ils ne nous disent pas comment parler, eux. Par contre, les Français...

Bon... Rendons à César ce avec quoi il nous les casse. Ce sont certes des gens plus éduqués et plus friqués que l’autochtone moyen. Leurs enfants sont en général bien élevés et très stimulés. Une très belle contribution à notre diversité culturelle. Sauf que...

On est au Québec icitte! C’tu clair?

Quand tu débarques quelque part, tu t’essuies les pieds avant d’entrer.

Y a une mère Française en début d’année qui s’est permise de reprendre une enseignante du préscolaire devant les autres parents et les enfants. La prof utilisait le verbe «abrier», mais la maman préférait «couvrir». "Mais voyons Madame, abrier, ce n'est pas un mot. Il faut dire couvrir!" Devant des parents et des élèves... Le problème, c’est que le verbe «abrier» existe. Un québécisme, certes, mais tout de même dans le dictionnaire. Quoi? On ne devrait pas utiliser de québécismes dans les écoles au Québec?

Donc, quand après avoir abrié un enfant, s’il s’est désabrié, on peut le rabrier. T’aimes pas ça? R’tourne chez vous. Ça ne se fait pas reprendre un prof devant les enfants. La prof savait qu’elle avait raison, mais pour ne pas humilier la maman devant son enfant et les autres parents, elle a préféré se taire...

C’est professionnel, ça.

C’est poli, ça.

Hein? Ce n'est pas parce qu'elle est française qu'elle a agi ainsi? OK. Je retire ce que je viens d'écrire.

Un autre exemple. Des parents (Français, comme par hasard) se plaignaient qu’il y avait trop de livres québécois à la bibliothèque et pas assez de livres français. Personnellement, je préfère les québécismes aux anglicismes. Voici quelques exemples tirés d’un livre pour enfant français.













Cela dit, y a quand même plein de bons livres français. Comme l'autre là... Hugo?


Ça ↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑↑, c’est mon côté démagogue... et baveux. Mais c'est quand même le genre de truc qu'on entend : " Y a quand mêmheu des truckheu québécoiheu.. qui sont bien... faut pas généraliser (heu)"

Hein? Moi xénophobe? Ben voyons donc... Juste un peu tanné de me faire dire comment ça devrait être chez moi... heu je veux dire «chez nous»... ou serait-ce «chez vous»?

En passant, votre pays, c’est la «France», pas la «Fronce».





Ah oui, j’oubliais la tant attendue section :

«IRONIE DU SORT»

Les parents les plus sympas que j’ai rencontrés cette année étaient Français... Mais c’était le hasard... Ce n’est pas représentatif. Ce n’est pas parce que 100% des parents français qui sont venus me voir étaient charmants et pas chiants pour cinq cennes, que les autres sont tout aussi gentils. J’ai quand même pas écrit tout ça pour rien...

J’ai raison! J’ai toujours raison!!!!


Mise au point finale

Ce n’est pas contre les Français que j’en ai. C’est plutôt contre notre attitude de colonisés. N’importe qui qui a déjà mis les pieds en France sait très bien ce dont je parle. Si tu ne t’imposes pas et que tu ne les engueules pas un peu, tu n’auras pas accès à une relation d’égal à égal. Ce billet n’avait pour but que de vous donner un peu de munition.

Qu'est-ce qui est pire : un maudit Français ou un maudit colon?







...

26 commentaires:

Intellex a dit…

Le PIRE serait un colon Français !
Aouch.

Prof malgré tout a dit…

Intellex : Tu viens de décrocher le contrat : C'est toi qui écrit le prochain Apocalypse!

Une Peste! a dit…

Je ne vois pas où sont les commentaires méprisants de frooonçais dans l'hyper-lien que tu donnes sur un des billets d'En Saignant.

Perso, je dis visage. Je suis une colonisée? Je dis visage parce que je trouve cela plus joli: ça sonne mieux à mon oreille.

J'ai le droit ou bedon il me faut une permission spéciale?

Zed Blog a dit…

Prof Malgré Tous,

Tu aimerais ceci, je crois. Disons que ça replace des choses en perspective! Il Cela vaut la peine de cliquer sur le petit rectangle en bas à gauche, qui replace la phonétique et son appréciation dans l'histoire.

Tu vas au Grand Bisou, l'été prochon? Tu trouverais queuh c'est drolle, toutes le bettes qu'on trouve là-bas!

T'as remarqué la non différenciation entre le conditonnel présent et le futur simple, qui sont prononcés de la même manière et écrits tous deux comme le premier? On utilise le premier avec l'intention du second, disparu à l'écrit. Remarquable sur les blogues et dans les commentaires.

C'est intéressant, blague à part. Car c'est le rapport au temps et à la réalité qui en prend un coup. Le futur simple a un rapport à la réalité beaucoup plus fort que le conditionnel présent. Si tu me dis « je serai là », je ne te rappelle pas, j'y vais. Si tu me dis « je serais là », je ne suis pas sûre et je confirme.

Bref, tu vois ceuh queuh jeuh veux diran?

Zedeuh :) (J'ai fait l'effort de ne pas te parler en verlan, là.)

prof en exil a dit…

pour le vivre à fond cette année, je comprend parfaitement! En tant que prof d'éduc (ici prof de gym) j'ai 11 classes différentes, dont 8 que je vois deux fois par semaine. Faisons le calcul, il y a 19 fois par semaine que je me fais faire un commentaire sur la façon dont je parle et je suis en Suisse là, pas en Fronce! ;)

Bon je dis pas quand ce sont vraiment des québéquismes qu'ils n'ont pas le droit de faire une remarque, mais au début c'était sur chandail, des bas, des souliers, barrer la porte et j'en passe!

Le pire c'est que je me suis adaptée, j'utilise maintenant des mots "suisses" et je prononce mieux et plus lentement les mots... pcq nous les québéquois quand on va ailleurs on s'adapte! Mais quand les gens viennent chez nous, bin c'est encore nous qui s'adaptons! Il faudrait retrouver un certain équilibre!

Quand j'ai compris les sons suivants: an sonne comme on, in comme an, un comme in, je suis arrivée à me faire mieux comprendre.
Mais quand je dis des choses comme jouer à balle con (camp) j'ai bien envie de leur rire dans la face!

Pis leurs maudits anglicismes prononcés à la française, ça me tape sur les nerfs! Nous au moins on les conjugue nos angliscismes! ;)

Mais sérieusement, c'est en voyageant qu'on apprend beaucoup sur soi et les autres et je trouve qu'au Québec on est beaucoup trop tolérant. Surtout qu'on fait des efforts quand on voyage pour se fondre dans le décor.
Bon y'a toujours des exceptions de "colons" en vacances, mais y'a des morons partout! ;)

J'appuie ton envolée PMT! Je me ferai porte-parole de ton opinion en sol européen!

xx

fred a dit…

J'habite aussi en Suisse et ca depuis plusieurs années. C'est bien normal qu'ils rigolent de nos mots et expressions. Moi aussi, quand j'entend l'accent du gros de Vaud, ca me fait bien rire.

J'ai connu beaucoup de quebecois venus travailler une année ou deux (des infirmiers!) et je me permet de douter qu'on s'adapte plus que les autres.. Dans la majorité des cas, le sujet de conversation favori était de chialer sur la Suisse et a quel point le Québec c'était mieux. Et je n'exagère pas.. Exactement comme le parisien typique... Et pourtant, ce sont des personnes qui voyagent beaucoup...

Malika a dit…

Je vais te reprendre (et pourtant, je suis une Québécoise du 418!) et souligner qu'"abrier" est en fait un archaïsme et non un québécisme. Il était employé aux XVIIe et XVIIIe siècle en France. Pour ceux qui ne me croiraient pas... La grammaire pédagogique du français d'aujourd'hui de Suzanne-G Chartrand, dans la section "Les particularités du vocabulaire québécois", page 305.

J'ai des étudiants réunionnais dans mes classes et chaque session, pendant la partie "Histoire de la langue", je relance le débat: Alors que nous avons un fond commun, comment expliquez-vous l'évolution différente de notre langue? Qu'est-ce qui vous permet de dire que votre évolution a été "meilleure" que la nôtre? Étant donné que les arguments sont souvent à valeur colonialiste, ça permet de changer les façons de voir!

En passant, vous remarquerez que les Québécois se parkent dans le stationnement et que plusieurs Français se stationnent dans le parking!

prof en exil a dit…

je me reprend et ne généralise pas la capacité d'adaptation des québéquois! Je sais qu'ils ne sont pas tous "adaptables"! Je parlais de mon expérience vécue et me rend compte que les québéquois qui m'entourent s'adaptent mieux que les suisses qui sont en échange chez nous...
ma situation est aussi particulière et mon adaptation n'a pas eu le choix de se faire vite et bien! Certains auraient sûrement dit fuck les suisses je continue à parler comme je veux, je ne donnerai pas tout ce trouble... tandis que moi j'ai choisi la solution facile à l'inverse! Je m'adapte pour arrêter de faire reprendre 8 fois par jour!
Mais c'est un débat qui continuera toujours et sur lequel je pourrais écrire trop de pages...
Ça dépend aussi des gens, des expériences vécues et de la façon de les vivre...
avec toutes ces variables, difficile d'arriver à un consensus!

Le professeur masqué a dit…

Le Français colonisateur, of course!

Dans les faits, la situation que vous décrivez, PMT, fait référence à deux éléments.

La première est que le français d'ici contient beaucoup d'expressions anciennes propres à certaines régions françaises, comme le souligne Malika. On les confond souvent avec des québécisme. En fait, il s'agit souvent d'archaïsmes.

D'ailleurs, nous parlons au Québec un français plus près de ce qu'il fut il y a 300 ans en France que les Français eux-mêmes. La proximité anglophone a cependant entraîné chez nous un certain nombre de dérives syntaxiques ou reliés au vocabulaire. En France, on dit «parking» pour être «in». Au Québec, on le disait à cause de l'influence anglaise.

De plus, alors que nous avons vécu détaché pendant un temps de la France et isolé dans le temps, la langue de l'Hexagone s'est considérablement modifiée alors qu'elle demeurait plus fixe chez nous. En France, on rejetait certaines prononciations et certains mots du vocabulaire pour des raisons politiques, entre autres. Il était de mauvais ton de dire «Le roué, c'est moé».

On a également ré-écrit plusieurs grands classiques pour les mettre au goût du jour. On ne lit pas Molière dans le texte. Il a été traduit en français plus moderne, plus acceptable pour ce pays alors en rupture avec son passé.

La seconde est le fait que le Français moyen ignore que la langue qu'il parle est le Francien (langue de l'île de France) qui est devenu avec le temps le français standard de ce pays. Il faut savoir qu'il existait, et qu'il existe encore, de nombreuses autres formes françaises en France.

En fait, la France se définit toujours comme le centre de la Francophonie pour des raisons de rayonnement historique, politique, militaire, colonialiste et culturel. Or, en réalité, elle ne jouit plus de ce statut depuis longtemps...

Les Suisses, les Belges, les Sénégalais ont appris, tout comme nous, à ne plus subir ce joug linguistique, mais vivent dans un état de perpétuels tensions avec le pays de Molière.

On peut vouloir affirmer ses distinctions, mais il ne faut cependant pas le faire au détriment d'un tronc commun. Là réside toute la difficulté de la situation que vous décrivez dans votre billet.

Marie-Claude a dit…

En France on oublie son pull dans le car qui est sur le parking.. Parking ce n'est pas pour être in, c'est même écrit un peu partout à Paris.

En fait, notre langue était le même dans les années 1600 alors que les français arrivaient ici. Vu la distance, elle a par contre évolué d'une façon différente. J'en ai eu pour quelques semaines à changer mon vocabulaire lorsque je suis allée travailler 2 mois en crèche à Paris. Les "mets tes bas et tes souliers" m'ont valu beaucoup d'interrogations des petits de 2 ans qui mettent leurs chaussettes et leurs chaussures.

Cependant, un n'est pas mieux que l'autre. Ayant un conjoint français, j'ai hâte de voir ce que cela donnera lorsque nous aurons des enfants au niveau du vocabulaire !

Anonyme a dit…

Mon Dieu, que de généralités .... Je suis française, et j'ai trouvé du travail à 150 km de ma ville natale... une broutille ? pas au niveau du vocabulaire, de l'accent etc ... Pendant mes premières années dans ma "nouvelle" région, j'ai été reprise à de (très) nombreuses reprises, j'ai du "désapprendre" pas mal d'expressions courantes et en réapprendre, et certains continuent de se moquer de mon (tout petit) reste d'accent. Et des imbéciles qui reprennent les profs, il y en a pas partout, il ne faut pas vous sentir "attaqué" parce que Québécois, sachez que c'est très général !!! D'ailleurs, je vais régulièrement sur des sites québécois pour récupérer des mots pour éviter d'utiliser le terme "anglais" ou l'horreur pondu par l'académie française. Je peux vous dire que "courriel", qui vient directement de chez vous, est maintenant totalement adopté par ma famille, environ 98 % de mon boulot et à peu près tout mon entourage. merci les québécois !

Pimpette a dit…

Le débat est a priori intéressant, mais il y a deux choses dans cet entrée de blogue. D'abord, la question des mots que l'on adopte ou pas selon notre niveau de langage (le billet qui a tout lancé parlait de ça) et ça aurait pu dériver sur la pauvreté de la langue parlée par des gens qui travaillent auprès d'enfants... Pas que ce soit si grave, il suffit de bien poser ce qui se dit ou pas au sein d'une famille.
Il y a l'autre débat, celui sur le "français de France". Encore là, plusieurs éléments. Le fait que notre langue comporte à la fois des québécismes et des archaïsmes est une chose, on peut en être fiers et au lieu de se laisser reprendre, essayer d'enrichir le vocabulaire des Français ou autres qui ne connaissent pas ces mots.
Ensuite, on soulève la question des anglicismes. Certes, les Français usent énormément de mots anglais alors qu'il y aurait des équivalents français faciles et évidents (journaliste pigiste au lieu de "free-lance", les exemples ne manquent pas). Mais c'est un terrain glissant car, pour compenser, le vocabulaire courant de nos cousins est autrement plus diversifié, on sait user de verbes et d'adjectifs riches et précis, au lieu d'abuser du être, avoir, aller, faire. Si nous, Québécois, le faisons, cet abus, c'est par calque de l'américain et de ses "put up, go on, make off, ...". Ce n'est pas grave ni critiquable en soi, disons que c'est une marque de notre américanité! On pourrait toutefois faire un effort pour enrichir notre vocabulaire, des fois!
Enfin, il y a la question de la prononciation à proprement parler. Ce ne sont pas tous les Français qui prononcent DEUX et DE de la même façon, bain et banc, etc. Ce sont les habitants de la région parisienne.
Dans une étude de linguistique sur la prononciation des phonèmes, on avait fait dire à des francophones une phrase comportant un maximum de "ain, ein, en, an, in, un, eu, e, etc" et les deux endroits où la différenciation entre chacun des sons était la plus marquée étaient la région de Tours, en France, et le Québec (et celle où c'était le moins marqué: Paris!).
Et de ça, franchement, on peut être drôlement fiers... même si ça rend très difficile la résolution de rébus français (2 mains = demain??).
Du coup, j'apprends à mes filles à utiliser les mots précis (pas de "bébelle, chose, truc, ...), mais je leur apprends aussi qu'on se pète la fiole quand on s'enfarge et qu'on peut se retrouver toute graffignée, pour l'image et la force des mots, mais également pour leur précision (être graffignée ça fait plus mal qu'être égratignée).

Anonyme a dit…

Juste quelques remarques en vitesse :
"En France, on dit «parking» pour être «in». " Bah non, on dit parking, parce que ce mot est entré dans la langue courante, et qu'à peu près tout les 'parcs de stationnement' ont le mot 'parking' sur le panneau à l'entrée (ça doit faire des économies de lettres ^^). Après qu'on soit pour ou contre l'utilisation, c'est autre chose...

"Ce ne sont pas tous les Français qui prononcent DEUX et DE de la même façon, bain et banc, etc. Ce sont les habitants de la région parisienne."
J'habite en région parisienne et les gens que je croise ne disent pas deux pour de ou bain pour banc... (il est possible qu'ailleurs il y ai plus de différences dans les prononciation, mais il y en a une aussi en région parisienne.)

Il y a surement assez de vérités sur ce sujet (ayant habité dans plusieurs régions de France, j'ai déjà pu constater des différences non négligeables :D ) pour ne pas avoir besoin de sortir des inexactitudes.

(ouais, encore un parisien qui vient faire la leçon, ok, mais cette fois ci au moins, c'est sur du français de paris ou de France ;))

Pimpette a dit…

Cher Anonyme précédent... je vous donne raison, je connais aussi des Parisiens qui ne prononcent pas "de" et "deux" de la même façon... mais c'est quand même à Paris qu'on associe davantage cette façon de prononcer. De même, ce ne sont pas tous les Montréalais qui disent Monriaaaaalll (moi, par exemple, je ne le prononce pas comme ça !), mais c'est suffisamment courant pour que ce soit associé à un accent montréalais!

Zed Blog a dit…

Une langue... fait bien des petits! Situation sociale, scolarité ou formation académqiue, éducation, niveaux de langue, talent, même...

Le français en France? Il n'y a pas non plus un français à Paris. Il y a bien le verlan, le-s- français des universitaires, celui des ouvriers, celui des jeunes influencés par la technologie internet, différentes manières d'utliser le français, plus ou moins envahi par l'anglais, dans l'informatique, notamment. Et que dire du français des banlieues, des cités, qui a son propre dictionnaire?

Ici, je ne comprends pas tout le monde, même dans un autobus de Montréal. Je ne comprenais pas les gens qui habitaient dans ma campagne, avant. Plusieurs parlaient d'après les sons entendus et répétés, à peu près jamais écrits, sans trop articuler, n'étant pas sûrs (c'est tout le rapport au monde, ça!). Il y a l'analphabétisme aussi.

Si quelqu'un me demande « Keuh kié? » Je n'ai pas envie de le comprendre.

La télé a beaucoup contribué, plus encore que la radio, à unifier la langue, au Québec. Maintenant, c'est Internet. Nous avons grandi dans l'ombre du cinéma parisien et marseillais et nous comprenons facilement. Mais je ne comprends toujours pas les ouvriers qui ont l'accent et la parlure gaspésienne.

Lorsque l'action d'écrire, avec ses règles de grammaire, d'orthographe et de phonétique n'accompagne pas, ne supporte pas l'action de parler, lorsqu'elle ne contribue pas à la développer (et vise versa), il y a des déficiences, des lacunes, inévitablement.

Quand on ne peut écrire ce qu'on dit parce que c'est trop éloigné de l'écrit, je n'y suis plus.

« Morial », pas pour moi. « Pôpà » et « môma(i)n » non plus. Le mot « face » dans certains contextes, oui, généralement non.

Une autre chose qui m'agace, tiens, c'est « de d'autre » (de de autre...).

Le français, comme toutes les langues, évolue. Un objectif à poursuivre, je crois : une meilleure communication, entre plus de gens, avec plus de nuances, plus de richesse. Développer une langue selon ses propres critères en tant que langue et le moins possible en empruntant. Être créatif, faire vivre sa langue.

Il serait dommage que toutes les différences disparaissent. D'autres ne me feront pas pleurer.

À l'image de la diversité génétique, j'adore observer bien des sortes de différence. Sur le plan visuel, des apparences corporelles, je suis vraiment servie à Montréal. Peut-être inévitable, toutefois, la disparition, à plus ou moins long terme, des différentes langues sur la terre, comme la disparition de l'autre.

Zed

Prof malgré tout a dit…

Wow... J'apprends des choses. J'faisais juste un peu de déconne. Je bosse trop ces jours-ci, mais c'est sur les bonnes affaires.

Pimpette a dit…

"Lorsque l'action d'écrire, avec ses règles de grammaire, d'orthographe et de phonétique n'accompagne pas, ne supporte pas l'action de parler, lorsqu'elle ne contribue pas à la développer (et vise versa), il y a des déficiences, des lacunes, inévitablement."

Oh oui, oh que oui, c'est exactement ça et voilà qui permet de trancher entre ce qui passe et ce qui ne passe pas.

Merci pour cette lumineuse synthèse!

KittyBlues a dit…

Je crois que le choix des mots est très culturel et les accents «territoriaux». Des Montréalais se sont bien moqués de ma façon de dire «arrête», «poteau» et «bataille». Maintenant, je suis à Sherbrooke et je me rends bien compte de tous mes anglicismes. Je n'ai pas remis en question mon identité pour autant.

Je vous suggère de lire «101 mots à sauver du français d'Amérique», écrit par Hubert Mansion (d'origine Belge) et puplié aux Éditions Michel Brûlé. Si je me souviens bien, il précise que le mot «abrier» signifie «couvrir chaleureusement».

Je vous suggère aussi d'aller voir le film «Bienvenue chez les Ch'tis» lorsqu'il sortira le 25 juillet prochain. Ça traite des préjugés qu'ont les Français du sud envers les Français du Nord, en particulier sur leur façon de parler (le Chetimi). C'est drôle et ça fait un peu penser à «La Grande séduction».

bibco a dit…

ah prof malgré tout, si vous saviez combien je vous aime! Ma fibre abitibienne frémit à ce plaidoyer pour les beaux mots du profond Québec. Parce que moi je me fais reprendre très très souvent...

Madame Une Telle a dit…

Perso, je fais une distinction entre la langue parlée et la langue écrite. Je ne devrais pas? Mais pourquoi? C'est si coloré la langue parlée!

Quand je dis, qu'il fait "frette", c'est plus que froid.

Quand je dis "matante", je sais que c'est une faute, mais une "matante" c'est plus chaleureux qu'une tante.

Je dis "face", "bobette" et quand les enfants ni sont pas je dis parfois "marde"; parce que de la marde, c'est de la marde. De la merde, c'est plus doux. Il faut beaucoup, beaucoup de merde pour faire de la marde.

Tant qu'on ne mêle pas le féminin du masculin, qu'on ne dit pas menstruation quand on veut dire mensuration, je n'ai aucun problème avec les expressions de mon coin de pays.

Certaines copines me reprennent quand je parle. On pense peut-être que je ne connais pas certains mots comme "visage" ou "sous-vêtements". Ce que les gens doivent savoir, c'est qu'il y a de plus en plus de gens, comme moi, qui font le choix conscient d'utiliser des québécismes, parce qu'ils les aiment et les trouvent colorés! Parce qu'au Québec, la meilleur façon de traduire sa pensée quand on trouve un meuble très laid, c'est de le qualifier de "lette"!

Ce serait tellement moche d'entendre le même français aux quatre coins de la planète! Gardons nos couleurs locales bon sang!

Prof malgré tout a dit…

Amen.

Zed Blog a dit…

ATTENTION, LES COPAINS,

NE CLIQUEZ PAS SUR LE LIEN CI-HAUT.

Je vous renvoie ici, à La cave d'Esperanza, un ami blogueur à moi, qui avise ses lecteurs

Prof Malgré Tous, tu devrais enlever ce truc-là, je crois!

Zed ¦0)

Bab a dit…

Bonjour Prof Malgré Tout,

J'ai découvert (désabrié ?) votre blog en cherchant un enregistrement de Domenico Scarlatti. Je vous soutiens dans cette colère : un parent d'élève ne doit pas reprendre un professeur devant les enfants. S'il doit y avoir discussion, que ce soit entre "grandes personnes" (ou du moins qui essaient de ne pas se montrer trop "petites").

C'est en tout cas ce que faisait ma mère lorsque nous avons atterri dans une école de Savoie où l'institutrice nous apprenait à compter septante et nonante, ce qui nous faisait ouvrir de grands yeux interrogatifs

Grâce à elle nous avons appris, dès les petites classes, qu'il y avait plusieurs façons de parler le Français, en commençant par le patois de son village de l'Est de la France. Chacune d'entre elle est respectable, et même les argots, du moment qu'on ne se montre pas vulgaire.

Les Français sont des donneurs de leçons ? Ce n'est pas parce qu'on bénéficie d'un héritage qu'on sait le faire fructifier. C'est dommage car les mots du Québec ou de Suisse sont pour beaucoup ceux que nous avons perdus au profit du franglais.

Merci en tout cas pour votre intéressant blog.

Humbl avis d'une maudite française. :)

Prof malgré tout a dit…

C'n'est pas juste... Vous trichez! Vous êtes trop gentille...

Bab a dit…

Mais non, je ne suis pas gentille :)))

Je connais des Africains qui parlent bien mieux le Français que nous, et des banlieusards supposés illettrés, dont la créativité langagière force l'admiration (le slam en est un exemple).

La langue est vivante, voilà tout.

Si les Britanniques se croient détenteurs de la meilleure façon de parler l'Anglais de par leur naissance sur l'Ile, berceau de la langue, ce serait prétention.

Et les lusophones ? Je préfère ceux du Brésil, au risque de vexer les Portugais.

Peut-être sont-ils moins prétentieux que les Français.

Ce serait reprocher à un métis l'intensité de sa couleur de peau (une discrimination qui existe aux Antilles). Il est le fruit d'un mélange enrichissant et imprévisible que, pour ma part, j'apprécie.

Quand, au Scrabble en ligne, un adversaire canadien pose le mot "slush", moi je fais "Oups" mais il a bien gagné ses points !

:))
Bab

http://bamisam-bloggapart.blogspot.com/

mandoline a dit…

Si je m'attendais à lire autant en venant poser un commentaire (que j'ai perdu d'ailleurs en parcourant ces enrichissants commentaires!), du moins, je suis bien contente d'être passée par ici! Et hop dans le blogroll... Je sens que ca va être la casse! Blogoliste serait peut-être plus appréciée dans les circonstances :)