24 février 2011

Je pogne les nerfs

Plus tôt à Radio-Canada, j'ai entendu une ânerie qu’on risque de se farcir beaucoup dans les prochains jours. Comme vous le savez sans doute déjà, notre charmant premier ministre a annoncé que d’ici cinq ans, la moitié de la sixième année du primaire se ferait en anglais ou un truc du genre. Une année bilingue... Whatever...

Quand j’entends des commentaires du genre : «Enfin! Il me semble que c’est évident; c’est tellement important l’anglais. On devrait même apprendre trois langues! L’espagnol ou le mandarin?», je pogne les nerfs.


AAAAAAARRRRRRGGGG!!!! (ça, c'est pour remplacer bordel)

Y a tellement d’enfants qui en bavent pour réussir leur sixième. Oui, même avec la réforme, l’école c’est difficile pour ceux qui ont des défis particuliers. Avant, ils travaillaient sur la ferme ou dans une shop; maintenant, on voudrait qu’ils soient fukin' bilingues. On va faire quoi pour eux? Des classes spéciales pour unilingues en difficulté d'apprentissage? On va les "intégrer"?

Sortez d’Outremont, bordel!




...

26 commentaires:

unautreprof a dit…

Même réaction de mon côté. Bâtard qu'il faut être déconnecté.

Le professeur masqué a dit…

Vive la pédagogie politique!

Anonyme a dit…

Voyons, chiâles pas, tu vas avoir droit à un portable maudit chanceux!


AVa

Prof Malgré Tout a dit…

Ils vont me filer un PC...

Pimpette a dit…

Des bébelles (le portable pc et le tableau) et du crémage pour électeurs (la demi-année en anglais - en passant, ma grande-enfant-favorisée-première-de-classe a entendu la nouvelle et a freaké. L'anglais, c'est sa matière noire; une demi-année en anglais, elle voit ça comme l'enfer. de quoi lui faire trouver tout le reste difficile).

Alors, que, vous me le dites plus bas "L'interaction, c'est ma job, pas celle du tableau." Pourquoi pas simplement plus de profs, plus d'orthopédagogues, de spécialistes, moins d'élèves par prof?

Au prix que vous êtes payés... c'est probablement moins cher que des tableaux pis des ordis!

... ah oui, mais ça c'est justement l'autre vrai problème de l'école: des profs démotivés parce que mal payés, mal considérés.

Endlessness a dit…

J'ai découvert votre blogue il y a quelques jours, et j'adore vous lire.

Bon, sauf peut-être ce billet, qui m'a tellement enragée que j'ai passé la soirée à chialer contre cette ridicule idée à mon copain. (Il a depuis longtemps cessé de m'écouter, le pauvre...)

Pour une fois dans ma vie, je vais espérer que ce ne sont là que des paroles de politicien qui ne se réaliseront jamais.

Le professeur masqué a dit…

Pour les ordis, on parlerait de Lenovo et Dell...

Anonyme a dit…

Ce qui me fait sourire encore plus c'est qu'à Montréal, plusieurs élèves vont sortir de la classe d'accueil pour apprendre le français pour s'en aller en 6e année apprendre l'anglais aux autres :P

Prof Malgré Tout a dit…

Moi qui croyais que j'allais passer au "bat" pour ce billet...

Bienvenue Endlessness

Pimpette a dit…

Si nous avions un système d'éducation choyé, confortable, dans lequel les difficultés d'apprentissage étaient prises en charge adéquatement, on pourrait se permettre le "luxe" d'apprentissage d'une deuxième, voire d'une troisième langue, mais, hé, on est loin du Danemark.
On a du mal à fournir aux enfants les ressources nécessaires pour les amener à intégrer et comprendre les matières principales... on parlera ensuite d'enrichissement!
J'ai passé assez d'années sur les bancs d'école, du primaire à beaucoup trop d'université pour savoir que ce qui permet d'apprendre bien... c'est avant tout (et même presque uniquement) un bon prof. Et un prof, pour qu'il soit bon, faut qu'il soit heureux, qu'il est les conditions nécessaires pour avoir envie de transmettre son savoir. Non, les "conditions nécessaires", ce n'est pas un ordinateur portable. On peut être un excellent prof avec un bout de craie... ou une baguette de drum!

Prof Malgré Tout a dit…

J'suis d'accord. Mais j'ai été le premier prof à avoir un portable à l'école. C'était il y a plus de cinq ans, pour le projet. J'ai le plus cheap des MacBook disponible à l'époque et les gens ne comprenaient pas pourquoi je n'avais pas un PC moins cher. Quand leur tour est venu d'avoir un portable, ils ont pourtant choisi des machines pas mal plus chères avec un chouette étui, plus grand écran et tout le tralala de souris sans fil. La chose la plus exigeante pour leurs ordinateurs que j'ai vue jusqu'à maintenant, c'est Powerpoint. Ils ont boosté la mémoire vive au max pour ça? Pendant ce temps-là, je fais les CDs (j'ai presque tué le graveur...), le site Web du projet et de l'école, des films promo (à l'époque) et j'utilise l'ordi en live pendant les shows. Et c'est moi qui fournit la souris et le sac de transport et les logiciels...

Parce que je voulais faire ça, on m'a refiler un portable. Là, on parle d'en fournir pour des gens qui risque de s'en servir pour montrer des dvds aux élèves. Un lecteur dvd à 60$, ça se branche sur un projecteur. Il ne reste plus qu'à investir une cinquantaine de dollars dans de chouette haut-parleurs. De toute façon, on finit par en avoir besoin avec un portable aussi.

Bon... J'm'emporte. Désolé.

Le professeur masqué a dit…

Et le TBI, PMT, il va servir à quoi, tu penses? un gros écran de télé... Pas de trucs interactifs, juste des élèves passifs le cul sur leur chaise.

Prof Malgré Tout a dit…

D'après ce que je comprends sur l'implantation de TBI dans les classes, c'est qu'on incite très fortement les enseignants à créer du matériel et à la partager avec la commission scolaire. C'est d'ailleurs un des hic du projet Cybersavoir de la csdm. Normalement, quand tu crées du matériel pédagogique, c'est une maison d'édition que tu vas voir.

J'vais écrire un billet là-dessus un de ces quatre. C'est étonnant la part du budget alloué à ce projet qui n'ira jamais dans les écoles.

Le professeur masqué a dit…

Comme bien des choses en éducation... Je te lirai avec délectation, je le sens.

Joanie a dit…

J'ai vu des étudiants arriver à l'université avec des difficultés en français et on veut faire une 6ème année à moitié en anglais? Je ne comprends pas la logique de cette idée. Je comprends mieux qu'on décide d'offrir à certains élèves toute l'année en anglais. Les élèves qui sont capables de le faire.

Anonyme a dit…

On peut écrire avec des crayons feutre sur un TBI ? ;) J'espère que oui, parce que pour bien des profs ça sera ça l'évolution: fini la craie, c'est génial non ?

Anonyme a dit…

Y'a juste moi qui pense qu'être bilingue, c'est essentiel? Il y a sûrement d'autres façon de le faire au primaire par contre....

Anonyme a dit…

Le monde change à chaque minute et le système d'éducation doit le faire aussi bien sûr.
Il n'y aura jamais de système parfait tant que nous essaierons de produire des élèves en série.
Il s'agit maintenant d'offrir le plus de variété possible et de laisser la chance ainsi à chacun de développer ses forces et de rehausser ses faiblesses.
Ainsi dans une même classe, il pourrait y avoir des joueurs de baseball et des écrivains.
Dans d'autres des musiciens et des scientiques et dans d'autres des politiciens et des voleurs...
ainsi de suite jusqu'aux danseurs et les plombiers...
On jase...
profdemusicmoétou

Une femme libre a dit…

Les problèmes d'apprentissage diagnostiqués sont un trouble permanent qui va faire partie de toute la vie de ceux qui en sont affligés. On peut bien leur enseigner l'anglais, le chinois ou l'italien quand même. Et on a parfois l'agréable surprise de constater qu'une personne avec des troubles d'apprentissage graves se débrouillera très bien dans les langues secondes ou tertiaires. Il faut innover. Ne pas penser que plus on donne du temps, plus on pousse, plus on bourre le cerveau, plus la personne en trouble d'apprentissage va apprendre. S'ouvrir un peu, penser différent.

Il est important, utile et intelligent de parler plusieurs langues. Ça ouvre l'esprit et fait partie de la culture. Toute mesure qui peut favoriser un objectif de voir plus loin que le bout de son nez est à favoriser.

Prof Malgré Tout a dit…

Pour parler plusieurs langues, il faut commencer par une.

Une femme libre a dit…

Ce n'est pas de priver un individu qui a des troubles d'apprentissage de connaissances variées qui va changer quoi que ce soit à des déficits qui vont l'accompagner tout le long de sa vie. Un grand dyslexique a un problème de langage permanent qui peut être aidé, amélioré mais qui ne disparaîtra jamais. Si on attend qu'il possède parfaitement sa langue maternelle, à l'oral et à l'écrit, pour lui en enseigner une autre, effectivement, on ne lui en enseignera jamais une autre, ses problèmes sont permanents et il ne sera jamais comme une personne qui ne souffre pas de dyslexie. Rien n'empêche pour autant de lui apprendre une langue seconde et des sciences et de la géographie et de la musique, en tenant compte de son ou ses handicaps. Faux problème. Ne pas attendre qu'il excelle en français cependant, il est dyslexique, ou dysphasique, donc il a des troubles de langage permanents. On n'attend pas, on agit. Et on ne prive pas toute une cohorte sous prétexte que certains ne pourraient pas bénéficier de l'apprentissage offert, sans même savoir vraiment s'ils ne pourraient pas en bénéficier.

Prof Malgré Tout a dit…

Un programme d'immersion ne veut pas simplement dire qu'on va apprendre une langue supplémentaire. Par exemple, l'élève qui a de grandes difficultés en mathématique recevra ses cours en anglais. Si par hasard, il s'avère très faible en anglais, son cours de mathématique peut devenir un désastre assez rapidement.

On parle d'une immersion en sixième année. Le gros défi en math, ce n'est pas de calculer, mais plutôt de savoir quoi calculer et pour ça, il faut comprendre le texte dans toutes ses subtilités.

Et la SAÉ de fin de cycle? On la fait en anglais aussi? C'est clair que devant un café, c'est une excellente idée, mais une fois sur le terrain...

On parle beaucoup de l'expérience vécue au Saquenay ou au Lac-Saint-Jean. Oui, les élèves réussissent mieux l'examen du ministère en anglais qu'avant l'implantation du programme d'immersion. Mais le reste?

Une dernière chose : les immigrants qui arrivent de l'accueil. Dans une de mes écoles du projet, il n'y a qu'un ou deux élèves qui ont le français comme langue maternelle. Je vous garantis que la langue qui leur cause le plus de problèmes n'est pas l'anglais.

Et je pourrais continuer comme ça assez longtemps, mais le gouvernement fera bien ce qu'il veut pour allécher des électeurs.

Ça me rappelle l'histoire de bulletin chiffré. Les gens croient maintenant qu'ils ont eu ce qu'ils désiraient. Hahaha... 75 dans un bulletin, ça ne veut pas dire 75%. C'est seulement une cote transformée en chiffre.

De la politique, voilà ce que c'est.

Une femme libre a dit…

Nous n'avons pas compris la même chose du projet. Ce qui se fait déjà actuellement en sixième année dans certaines écoles, ce n'est pas de l'immersion mais bien de l'apprentissage de l'anglais uniquement pendant la moitié de l'année. Le programme régulier est donc couvert en cinq mois au lieu de dix. Les maths, la géo, tout se fait en français exclusivement. Et ensuite (ou avant, on peut également commencer par le programme d'apprentissage de l'anglais) les élèves ont cinq mois d'anglais uniquement. On ne fait que de la langue anglaise toute la journée. Mon fils a fait le programme, il a adoré et en est ressorti fonctionnellement bilinque, ce qui l'a beaucoup aidé pour le reste de ses études.

Anonyme a dit…

Mme femme libre, vous oubliez le cas des élèves qui sortent de l'accueil... et de tous ceux pour qui le français est la langue seconde. Serait-il une bonne idée de faire faire la moitié de la 6e en anglais à ces élèves ?

Le dix mois en cinq, ça va pour les forts et à la limite les moyens, mais pour les autres ? Si c'était si facile, on aurait seulement 5 mois d'école à tous les niveaux...

Ça me semble clairement une mesure sortie d'un chapeau de magicien et qui ne tient aucunement compte des particularités régionales. L'exemple du Saguenay est bien beau, mais à Montréal, l'anglais s'apprend dans la rue et les épreuves sont réussies à plus de 90% dans bien des cas...

Prof Malgré Tout a dit…

Je suis plutôt d'accord avec Anonyme. La demi-année en anglais comme vous la décrivez n'est accessible qu'aux élèves qui n'ont pas de difficulté d'apprentissage. Pour beaucoup d'élèves, le programme en math, géo histoire, éducation à la citoyenneté, science et technologie et autres machins que j'oublie ne peut pas être assimilé en 5 mois.

De plus, pour les élèves faibles en français, les règles et tout le tralala risquent d'être bien loin lors de leur entrée au secondaire.

Le professeur masqué a dit…

PMT: c,est surtout du grand n'importe quoi improvisé avec des profs qu'on ne sait même pas si on va les trouver. Favoriser l'immersion est une bonne idée: l'imposer est une bétise consommée. C'est comme les TBI.