17 janvier 2007

Scotch

Bordel... Ça fait deux jours que je m'envoie les suites anglaises... Le matin en faisant bouffer fiston, entre deux cours à l'école, un petit bout en voiture, en faisant la vaisselle, le soir, anytime... Juste là maintenant, c'est le prélude de la cinquième par Gould. J'aime la seconde et la troisième par Pogerelich. Ben oui... Y s'appelle pogo-relish et il joue super bien.

Pourquoi je vous raconte ça?

Il y a un an et demi, j'ai arrêté de fumer et pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis tenu loin du scotch. De toute façon, je croyais que ça serait infect pour mes super papilles de non-fumeur. Nope... Pantoute. C'est même super bon! Macallan 12 ans. Rien de trop prétentieux, mais quand même pas mal. Y a même un petit goût de poire qui reste en bouche... miam! Mon premier scotch en 18 mois!!!

Pourquoi je vous raconte ça?

Parce que bordel...

Un élève : "C'est drôle comment tu tiens ta craie."

Moi (pas mal à l'aise pour 5 cents...) : "Ah oui... Comme une clope."

L'élève : "Hein?"

Moi (fier de moi): "Comme une cigarette."

L'élève (offusqué) : "Quoi? Tu fumes? Ouach..."

Moi : "Non, j'ai arrêté. Mais quand je t'ai connu je fumais."

L'élève: "Ouais! Je t'ai déjà vu!"

Moi : "J'ai fumé pendant 22 ans. C'est deux tiers de ma vie. C'était vraiment très difficile d'arrêter... la chose la plus difficile de toute ma vie..."

L'élève : "Ayoye... t'es vieux."

Moi : "Tu veux vraiment couler ton cours de musique?"

L'élève : "Non! T'es super jeune! Pourquoi t'as arrêté?"

Moi (pauvre inconscient): "Parce que j'attendais un enfant et que je voulais qu'il ait un père en santé. Aussi parce que c'est pas bon pour lui, si je fume. Il a plus de chance de fumer plus tard. En gros, j'ai arrêté parce que je l'aime."

L'élève (déçu) : "Mes parents, ils fument. Ben... ma mère en tout cas. Elle m'a dit que mon père fumait... mais je m'en fous..."

Argh!!! Ta gueule Prof Malgré Tout! Je ne voulais vraiment pas faire ça... Je vous épargne le bout ou je patine... C'est correct de fumer... C'est pas bon, mais... Ça ne veut rien dire... Truc personnel... blablabla. L'horreur.

En quittant la classe.

L'élève pointe les photos de mon fils près de l'ordinateur.

L'élève (presque tristement) : "C'est lui ton fils?"

Et moi qui me tape les suites anglaises de Bach en buvant du scotch...





13 janvier 2007

Accommodement raisonnable en forme sonate

Exposition

Premier thème

Quand tes parents ont inclus "Dieu" ou bien le nom d'un prophète dans ton prénom, comme on dit de par chez nous: "ça va pas ben à messe..." Ça vaut aussi pour "prière", "louange" ou "jugement dernier".

Deuxième thème

En parlant de jugement dernier, c'est souvent à la fin du cours que je fais entendre des oeuvres qui ne sont pas nécessairement en lien avec ce qu'on a fait ce jour-là. Un peu de culture générale n'a jamais fait de tort à personne.

Développement

Première année. Dans cette classe, il y a Dieu-Truc, la soeur de Dieu-Machin. Je pense que c'est la cousine de Louange et de Alleluia, mais je ne suis pas certain...

Moi : Qu'est ce que je vous fais entendre aujourd'hui?

Mini-wannabe : La même chose que la dernière fois!

Moi : Encore du jazz?

La classe : Non!

Moi : Du classique?

La classe : Non!

Moi : Du heavy métal?

Mini-wannabe : T'as même pas le droit!

Moi : Mini-wannabe vient de couler son cours...

Mini-wannabe : Hein?

Moi : Tu comprendras dans quelques années... Alors? Qu'est-ce que vous voulez entendre?

Une gang de petits Blancs : Du rock! Du rock!

Une gang de petit Noirs : Hip-hop! Hip-hop! 50 Cents!

Le petit Chinois : ...

Moi : D'accord. Du rock pour cette semaine et je vous déniche du hip-hop avec des paroles respectables pour la prochaine fois. Pas de "f" word et d'autres mots qui finissent pas "uck".

Les petits Blancs : Yeah!

Les petits Noirs : Grr...

Je leur mets Godzilla de Blue Oyster Cult. Pourquoi j'ai ça dans mon iPod? Je trouve ça bon. La chanson, pas le groupe. La musique joue. Les petits Blancs s'éclatent. Les petits Noirs travaillent fort pour ne pas aimer ça.

Dieu-Truc se bouche les oreilles. Je me dis qu'elle n'aime pas le rock. Les enfants africains ne sont pas trop rockers en général. Ça copine l'imite.

Moi : Bon... Qu'est-ce qui se passe Dieu-Truc. La musique est trop forte?

Ses mains se resserrent sur ses oreilles. Un paquet de petites filles l'imite. Avant que ça dégénère, j'arrête la musique. Il n'est pas content monsieur le prof...

Moi (tellement doucement et calmement qu'ils savent que ce n'est vraiment pas le temps de déconner) : Croisez les bras. Je répète... croi-sez les bras.

Ils s'exécutent avant que je ne les exécute. Oups, j'ai oublié que je ne suis pas Prof Maudit. Anyway, ils obéissent. Ils ne sont pas cons mes élèves...

Moi : Dieu-Truc. Premièrement, la musique n'est pas forte du tout. Deuxièmement, c'est très irrespectueux de se boucher les oreilles pendant les auditions d'oeuvres. Je veux une explication.

Dieu-Truc : Je n'aime pas le diable.

Moi : Hein?

Dieu-Truc : Je n'ai-me pas le di-a-ble.

Moi : Pas rap-port. La chan-son ne par-le pas du di-a-ble du tout.

Dieu-Machin : C'est la musique du diable.

Moi : Hein?

Dieu-Machin : Le rock, c'est Satan.

Moi : Et le hip-hop et le reggae?

Dieu-Machin : Ça, ça va.

Moi : J'ai des nouvelles pour toi ma puce. Le hip-hop et le reggae sont...

Dieu-Machin : ...

Moi : Bah! Laisse tomber. Bon, on va prendre notre rang. Les xylos altos ont gagné aujourd'hui!

Les altos : Yeah!!!

Réexposition

Premier thème

Quand les parents ont inclus "Dieu" ou le nom d'un prophète dans le prénom de leurs enfants, ça va pas ben à messe" pour personne. Aussi bien laisser tomber.

Deuxième thème

Quand je fais jouer des oeuvres à la fin du cours, je devrais toujours choisir moi-même. Pas de rock (pour ne pas faire de peine à Jésus), pas de musique arabe ( pour ne pas faire de peine aux Juifs), pas de musique klezmer (pour ne pas faire de peine aux Arabes), pas de jazz et de blues (pour ne pas faire de peine aux esclavagistes), pas de musique de Noël, Halloween, Saint-Valentin ou bonne fête Roger (pour ne pas faire de peine aux témoins de Jéhovah) pas de musique sacrée (pour ne pas faire de peine aux athées) et pas de musique profane (pour ne pas faire de peine aux croyants?).

Coda

En passant, les élèves se regroupent en général par couleur de peau dans mon école. On n’a pas de problème de racisme. Vraiment pas. C'est un réflexe normal et compréhensible.


***




11 janvier 2007

À propos de Petit Elfe

On ne peut quand même pas appeler ça une suite...

Y a un moment de ça, j'étais coincé dans un vins et fromages. Je m'attendais à une soirée assez plate merci. Je ne savais pas qu'il y aurait un piano, une guitare et des gens qui sont un peu moins snobs et coincés après quelques fromages... ou serait-ce le vin? Vous n'y êtes pas... c'est la musique! Quoique je refuse de jouer à jeun dans ce genre de soirée mondaine... Hum! J'vous avais dit qu'il y avait des snobs dans la place...

Avant d'être complètement saoul et d'entonner "Le vieux dans le bas du fleuve" avec quelques Beaucerons, eux-mêmes assez finis, j'ai eu une conversation avec l'hôte. Le type a un boulot honnête : il est pédopsychiatre.

On parle enfant. On parle psy. On parle école. On parle petits elfes (notez le pluriel...).

J'ai pris conscience d'un truc à ce moment :

Dans une famille dysfonctionnelle (lire "une gang de psychos"), c'est souvent l'individu le plus faible qui montre les plus grands symptômes.

En gros, ça veut dire que ce n'est pas parce qu'un enfant lance sa chaise en classe, met son hamster dans le micro-onde et croit que Roger existe vraiment qu'il est le plus "fucké" de sa famille. Les cas me venaient à l'esprit par dizaines... le mien entre autres.

Je ne crois pas que Petit Elfe devrait aller à l'école psychiatrique. A-t-elle vraiment essayé de se suicider pour rejoindre Maman qui l'attend sur un nuage? Une corde autour du coup, l'autre extrémité autour d'une lampe. Tentative de suicide ou jeu du chien-chien attaché près de sa niche? Qu'est-ce qu'on en sait?

Y a un truc que je sais par contre : si elle va à l'école psychiatrique, il y a automatiquement des rencontres avec la famille. Je lui donne un mois et elle est sortie de là.

Je doute qu'elle nous revienne... Non mais... qu'est-ce qu'on pourrait penser?

08 janvier 2007

Petit Elfe

Cet après-midi, alors que je fouillais dans l'entrepôt de l'école en quête d'un truc d'une futilité indicible, je suis tombé sur un objet qui appartient à une de nos élèves. J'avise la secrétaire. Elle répond que la petite ne fréquente plus notre école. Elle commence aujourd'hui à ***insérez le nom de l'hôpital psychiatrique de votre choix ici***.

Avez-vous déjà remarqué que les enfants prématurés ont souvent l'allure de petits elfes? La peau semble mince, les yeux trop grands, les oreilles... Lorsque l'enfant est vraiment prématuré, il peut développer des problèmes auditifs, qui plus tard, se manifesteront par des difficultés d'apprentissages. Rien d'incontournable.

Il y a quelques années, un petit elfe regardait sa maman dormir... du moins, c'est ce qu'elle pensait. Cette nuit-là, Maman en avait assez de vivre. La douleur est parfois si grande qu'on préfère ne plus se réveiller. Il y a des moyens pour ça et Maman les connaissait.

Papa ne voulait pas de Petit Elfe. Un classique dans le quartier.

C'est un parent proche qui a accueilli la petite. À chaque année, pour l'anniversaire de Maman, ils font une fête avec un gâteau. Les visites au cimetière sont plus qu'annuelles. Maman est omniprésente...

Parfois, à l'école, Petit Elfe parle de la mort.

Disons que les intervenants sociaux ont du pain sur la planche... Peut-être trop... Mais peut-être moins qu'ils le pensent. L'ordinateur portable, l'appareil auditif, le prof itinérant, les rencontres avec les t.s. et autres spécialistes. Tout ça sur les heures de classe. Y a rien comme la marginalisation!

Petit elfe n'est pas l'enfant la plus populaire de sa classe, mais elle a des petites copines. Parfois, elles se chamaillent. Et vous? Étiez-vous l'enfant le plus populaire de la classe qui n'avait jamais de conflit?

Je pense que petit elfe aurait du rester parmi nous.

Je ne suis pas le seul.

À suivre...?

01 janvier 2007

Résolution(s)

Je sais... c'est kétaine et on n’en a rien à cirer. Mais je me dis qu'en écrivant mes résolutions sur ce blogue, je risque peut-être de les respecter.


1- Plier les genoux lorsque je me penche.

2- Apprendre à utiliser les logiciels Logic et Ableton Live.

3- Ne pas utiliser Cubase SX quand je ne sais pas comment faire quelque chose sur Logic.

4- Faire plus de musique pour moi-même.

C'est réaliste hein? Plate mais réaliste. Tout le contraire de ce que j'aime.

Bonne année à vous tous!

30 décembre 2006

Ti-bonhomme pendu





...

23 décembre 2006

J-L

En sixième, un élève a été arrogant avec moi hier. Appelons-le J-L. Contrairement aux autres élèves à qui j'enseigne depuis qu'ils sont petits, je ne connais pas J-L. C'est un nouveau et c'est normal pour un nouveau de tester les adultes... Mais il faut choisir ses batailles. Je venais d'avertir la classe. Ils avaient dépassé les limites et devaient respecter les consignes à la lettre. C'était facile : rien dans les mains. Après deux avertissements du regard, J-L reprend encore son crayon pour dessiner sur son cahier. La conséquence préalablement annoncée? Dehors! Pas en dehors de la classe. En dehors du projet. Oui, LE projet. Le show devant 5000 spectateurs. J-L ne connaissait pas et n'avait rien a foutre du projet. Ce sont ses mots : " j'en ai rien à foutre!". OK. T'es out mon homme et j'appelle chez toi de ce pas.

Ma séance se termine. Les élèves ont un cours de gym et je descends avec eux pour téléphoner aux parents de J-L.

Collègue : "Je peux te parler avant que tu téléphones?"

Moi : "Oui?"

Collègue: "Pas devant les élèves."

Moi (borné) : "J'appelle maintenant."

Collègue s'approche de moi et m'entraîne à l'écart.

Collègue : "Tu fais ce que tu veux, mais je veux juste te prévenir, tu vas appeler dans une maison refuge pour femmes battues."

Moi : "Ouais pis? C'est pas une raison pour manquer de respect aux enseignants!"

Collègue : "Je voulais juste te prévenir..."

Merci Collègue. Je ne suis plus très certain pourquoi, mais je n'ai pas appelé tout de suite et ensuite, j'ai oublié.

Le lendemain.

Prof de gym : "Tu as ramassé J-L d'aplomb hier?"

Moi : "Mets-en! D'ailleurs, il faut que j'appelle chez lui aujourd'hui. Comment tu sais que je l'ai ramassé?"

Prof de gym : "Les autres étaient fâchés contre lui. Même ceux de son équipe lui lançaient des ballons par la tête."

Moi (surpris): "Hein? Qui ça?"

Prof de gym: "Blondie et la petite clique branchée."

Moi : "Ouch... ça veut dire qu'il est pas mal rejet là?"

Prof de gym : "D'après toi?"

La fleur et le pot. Mes élèves s'en prennent à un flo qui me manque de respect. Assez particulier et je vous avoue que ça me fait un velour. Mais que le jeune devienne rejet... Bordel! J'ai l'impression de faire partie d'une clique d'élèves. No way! Un jeune avec un père violent. C'est pour lui que le projet existe. En plus, le type avec qui il va travailler sur les décors est un homme extraordinaire qui sait tirer le meilleur des enfants et leur balancer en pleine face.

Je devais donc faire ce qu'il ne faudrait jamais faire.

Je me pointe dans sa classe. Il reste 20 minutes avant le départ pour les vacances. Les élèves sont en cercle. J-L est seul à son pupitre. Il n'a pas l'air triste. Il a vu pire.

Moi : "Hey Collègue, tu me prêtes J-L pour quelques instants?"

Collègue : "Pas de problème."

Les autres le regardent comme on regarde un condamné manger son dernier repas...

OK. J'en mets un peu. Disons qu'ils se disent que J-L est vraiment dans la... Un mélange de compassion et de "tu l'as cherché".

Dans mon local, je tends une bouteille d'eau à J-L.

Moi : "Je t'offrirais bien une bière ou un café, mais c'est illégal."

J'ouvre ma bouteille. Il ouvre la sienne. On boit en silence. Il ne faut pas que je parle trop. Droit au but, on règle ça rapidement.

Moi : "Avant d'appeler chez toi, comme je ne te connais pas encore, je me suis renseigné. Je ne te raconterai pas d'histoire. Disons que je sais pourquoi tu as déménagé..."

Lui : "..."

Moi : "Je veux que tu fasses le projet. Sincèrement."

Lui (timidement) : "Moi aussi je veux le faire..."

Moi : "C'est réglé! Maintenant que tu sais que je suis un gros facho, tu fais attention hein?"

Lui : "..."

Moi : "Tu joues aux échecs?"

Lui : "Oui! Je suis bon!"

Moi : "Excellent, je vais te planter et tu n'auras pas d'autre choix que de reconnaître ma supériorité intellectuelle."

Lui : "On a que 10 minutes."

Moi : "C'est ben en masse."

On se pointe dans sa classe. On dirait une mise en scène. Nous sommes d'un sérieux... Les élèves essaient de nous lire en vain. Nous prenons place, de chaque côté de l'échiquier.

Moi : "Prépare-toi à périr simple mortel."

Lui : "Jamais!"

Blondie (vraiment surprise) : "Hein? Vous allez jouer aux échecs? Ensemble?"

Moi : "J'aurais aimé mieux la lutte dans la boue, mais c'est un peu salissant."

Quelques badauds s'approchent du jeu.

Un badaud : "Come on J-L, il faut que tu battes Prof Malgre Tout!"

Un autre : "Ouais! Vengeance!"

Je lance un clin d'oeil à J-L. Il ne le voit pas. Ces yeux sont déjà rivés sur l'échiquier.

Moi : "En passant, j'habite ton quartier... je vais souvent au parc V*** avec mon fils. Si tu me vois, tire-moi une balle de neige."

J-L : "Et si y a pas de neige?"

Moi : "T'as pas le choix, tu viens me dire salut."

Je suis fier de moi... Vraiment fier. C'est raide d'être nouveau dans cette école. En sixième, on en a eu deux cette année. J-L et une jeune fille africaine. Elle vient d'un pays en guerre. Là-bas, elle n'est pas une ado, elle est une jeune femme. Disons que les soldats se foutaient pas mal de la Convention de Genève dans son coin du monde. Mais même quand tu arrives de l'enfer, c'est encore difficile d'être nouveau.

C'est sûrement le billet le plus prétentieux de ma carrière de blogueur. Ça doit être vraiment insupportable à lire, mais... c'est MON blogue.

Joyeux Noël!




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22 décembre 2006

Promotion d'un site

reussirlareforme.qc.ca

Vraiment pathétique. Voici un site pour promouvoir la réforme... allez voir qui sont les signataires. La proportion d'enseignants parle d'elle-même.

Le site

Les signataires : des conseillers pédagogiques, des professeurs (université), des directeurs, etc... Des gens qui n'enseignent pas vraiment, mais qui aiment bien dire aux autres comment le faire...







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20 décembre 2006

Dring...

Dring...

Bah...

Dring...

Blonde : "Tu réponds?"

Dring...

Moi : "Grrr..."

Dring...

Moi : "M'emmerde..."

Dring...

Moi : "Argh!!! C'est quoi encore?"

Je n'aime vraiment pas le téléphone. Je suis grognon et antisocial et j'adore ça.

Moi (pas sympa du tout) : "Oui allô!"

Une voix : "Prof Malgré Tout?"

Moi : "Ouais..."

La même voix : "C'est Roger!"

Moi : "C'est ça... salut Roger!"

Un petit comique... Y en a qui n’ont vraiment rien à faire... que j'me dis.

La même voix plate : "Blonde Malgré Elle est là?"

Oups. J'oublie toujours que Beau Père Malgré Lui s'appelle Roger.







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19 décembre 2006

Hummm... Rudolph

C'est banal, mais ça prend de la neige pour qu'on se sente Noël. Sans le grand manteau blanc, pas d'effervescence.

Ce matin, première année. À la fenêtre, quelques flocons.

Moi: "Vous connaissez le resto "Frite Alors!"?"

La classe : "..."

Moi : "C'est un resto de hamburgers et de frites. Ils ont un hamburger qui s'appelle Rudolph... Un hamburger de caribou. Vous savez ce que c'est un caribou?"

Blazé : "J'y vais avec mon père..."

Moi : "Merci pour cette magnifique tranche de vie, mais ce n'était pas la question."

Ti-smatte : "Un hibou?"

Moi : "Nope... C'est un renne."

Blazé : "Je le savais."

Ti-cute : "Un renne... Comme pour le traîneau du Père-Noël?"

Moi : "C'est pour ça que le hamburger s'appelle Rudolph. Hum... c'était délicieux!"

Ti-smatte : "Quoi ça?"

Moi : "Rudolph."

Ti-Cute : "Hein?"

Ti-smatte : "Rudolph... le petit renne au nez rouge?"

Moi : "Je sais... c'est cruel , mais je n'ai pas pu résister. Hum... ça goûte bon du renne."

La classe : "Ouach!!! Méchant! Dégueu... etc..."

Moi : "Non non! C'était succulent. Avec des frites!"

La classe : "Miam miam.. des frites."

Ils boufferaient le Père-Noël lui-même si c'est servi avec des frites...

Ti-cute : "Regardez! Il neige!"

Toute la classe se tourne vers la fenêtre. Tous les yeux brûlent d'espoir, sauf une paire.

Blazé : "Il fait -2... ça ne restera pas."

Le pire, c'est qu'il a raison.

13 décembre 2006

Sex, Drugs and Rock'n Roll

Il y a huit ans, au début de ma carrière, ma rencontre avec les élèves de sixième année fut un choc. Bien entendu, j'étais conscient que les choses ne seraient plus "comme dans not' temps". Par contre, je ne savais pas que pour plusieurs flos de 12 ans, un vendredi soir se résumait à un 6 pack, une couple de joints et une partie de jambe en l'air. OK. Pas tous les élèves. Mais je ne parle pas d'un cas isolé non plus. En passant, je n'enseigne ni à Outremont, ni à Westmount. Ça joue un peu plus dur dans mon coin...

Heureusement, on a Floppy. Mais comme je suis daltonien, je ne peux pas vous dire de quelle couleur est Floppy. J'ai le choix entre brun ou gris... Est-ce que ça se peut un chien vert? Bah... L'important, c'est que sous Floppy, il y a un orifice, et dans l'orifice, il y a une main. La main fait bouger Floppy et Floppy explique aux ti-namis comment faire un message d'explication. Cool hein? Tu te calmes, tu dis ce que tu n'as pas aimé et tu proposes une solution. Tu te calmes, tu expliques ce que tu as fait et ce que tu feras la prochaine fois. Tu te calmes, tu expliques ton problème et bla bla bla... Tu te calmes! Je sais... ce n'est pas facile avec une main dans l'orifice, mais Floppy, c'est un pro. Un pro de quoi? À vous de juger. On s'en balance, ça marche.

Donc, on se la coulait presque douce depuis quelques années avec des élèves à jeun...

Ben non... C'est reparti. Trois jeunes de onze ou douze ans, un gars, deux filles, les yeux dans la graisse de bines. Moi le con, je n'allume pas qu'ils sont stones. C'est leur prof qui me l'a confirmé ensuite.

Moi : Salut Roger! Quoi de neuf?

Élève (exaspéré) : On peut-tu jouer là...

Ça, ça serait la réaction normale d'un élève à jeun de sixième année. Voici à quoi j'ai eu droit :

Moi : Salut Roger! Quoi de neuf?

Blondie : Cooooool! Roger...

Le gars : Hi hi hi.. Roger... Hé hé hé...

Brunette : Heille!!! On peut-tu jouer à la planète Choco?

C'est un jeu pour les maternelles...

Moi : Non... On a du boulot. Aujourd'hui, on compose pour le projet.

Blondie est couchée sur le gars.

Moi : Hey vous deux! C'est interdit de se reproduire en classe...

Le gars (sourire fendu jusqu'aux oreilles) : Ok. Hi hi hi...

Moi : Et assis-toi comme il faut.

Le gars (vraiment "vedge"): Hi hi hi...

Il s'exécute au ralenti... Je commence à avoir des doutes.

Je sépare la classe et laisse les trois travailler ensemble. Au moins, ils ne dérangeront personne. Il leur faut composer une mélodie sur des paroles déjà existantes. Ils doivent respecter la prosodie. Je me doute qu'ils ne feront pas grand-chose, mais je les laisse travailler dans un local tout près où je les ai à l'oeil.

Avant la fin de la période, les élèves partagent avec les autres leurs créations et je prends tout ça en note pour le projet. Bordel... Les trois ont bien travaillé. Ce n'est pas normal... À jeun, ils n'auraient rien foutu. Même que ce que Blondie m'a fait est pas mal du tout. Elle reçoit des félicitations de la classe. Dans le doute, le test ultime. Je m'assoie au synthé et sélectionne des sons assez psychédéliques merci... Quelques accords plus tard.

Le gars : Man... woooooo... c'est trop buzzé!

Blondie : Fait Eminem!

Brunette : Cool... C'est comme Pink Floyd.

Moi : Hein?Tu connais Pink Floyd?

Brunette : Mon père en écoute plein.

Le gars : Refais le son buzzé...

Moi : Quel son?

Le gars : Hein?

Moi : Quel son buzzé?

Le gars : Heu... N'importe quel sur ton affaire là...

Moi : Ça?

Je mets le paquet.

Il a tellement tripé que j'en ai presque rigolé. On aurait dit Ronnie, le personnage de Daniel Lemire

Je pense que si je leur avais fait entendre du Gentle Giant, ils auraient aimé... Pas normal.

À la fin de la journée, leur prof partage son doute avec moi. On se rend à l'évidence. Ils ont fait un méchant trip de dope sous notre nez. Allez-y! Flame on. On est au primaire bordel. On est plus à l'affût des ronds de pipi et des chicanes sur les règles de ballon chasseur que des élèves qui fument des joints.

Oui, il y a eu un retour sur tout ça. Non, pas de police et pas de direction. De toute façon, on n’a pas de preuve... Les parents? La mère de Blondie a déjà mis son point sur la gueule d'une prof pour l'avoir gardé en récupération pendant une récréation (elle ne faisait pas ses devoirs...). La bonne femme avait tinqué toute la nuit. Je ne connais pas les parents des autres, mais Blondie est la moins "puckée" des trois. Ça me donne le goût de les connaître?

Les enfants ont besoin d'une approche relationnelle dans ce genre de cas. On est là pour instruire, socialiser et qualifier (ça vient du Ministère!), pas pour les mettre dans le trouble et pour avoir la paix (ça vient du gros bon sens). Juste quelques mots bien pesés font la job parfois... Une fois dégrisés (eux, pas nous), leur prof les a rencontrés.

Leur prof : "Vous savez, ce n'est pas parce qu'on ne dit rien qu'on ne sait rien."

Juste ça, appuyé par le regard qui transperce l'âme, mais sans faire de mal.

Brunette : Untelle ne l'a pas fait...

Et voilà. C'est de la bonne graine quand même. Au lieu de nier, elle protège leur copine innocente.

À suivre...














08 décembre 2006

Rencontre de parents

Un moment où beaucoup de profs se font littérairement chier dessus par des parents...

Moi, en tant que prof de musique à statut précaire, je ne prends pas de rendez-vous. Vous voulez me voir? Suivez les flèches (surtout que je n'évalue pas les élèves pour la première étape...).

Sur la porte de ma classe : de retour vers 18h.

18h10

Moi : Elle n’est pas mal du tout ta soupe tonki mon amour!

Ma blonde : Pas trop pire pour une première, mais il manque un parfum.

Moi : Plus de gingembre?

Ma blonde : Non... du basilic.

Moi : Ah! Mais bon, avec la lime, c'est quand même très bon.

Ma blonde : C'est quand ta rencontre de parent?

Moi : Ouais... faudrait peut-être que j'y aille...

18h30

Deux mères d'élèves et une gamine m'attendent à la porte de mon local.

Mère #1 : Ouais... il est 6h30...

Moi : Je sais.

Mère #2 : C'est écrit 18h sur la porte.

Moi : Désolé?

Mère #2 : Sur la porte... Vous avez écrit que vous seriez là à 18h.

***On me cherche?***

La gamine (deuxième année, élève surprotégée et faible en académique et par le fait même en musique) me regarde. Elle veut savoir c'est qui le plus baveux entre moi et sa mère. Je lui lance mon regard "du pain et des jeux avec ça?".

Moi (bullshitant): Ah... C'est un vieux message que j'ai oublié d'enlever. Vous aviez un rendez-vous avec moi?

Mère #1 (elle sait que je la bullshite) : J'avais rendez-vous avec l'enseignante de ma fille à 17h45. J'attendais de vous rencontrer avant de partir.

Moi : J'enseigne à trois cents élèves ici. Je ne connais pas les horaires de tous les parents. Donc, vous m'attendiez et n'aviez pas de rendez-vous... Vous êtes bien téméraire Madame.

Mère #2 : Mais vous devriez être disponible pour nous rencontrer...

Moi : D'où ma présence ici madame. Le département des plaintes, c'est en bas dans le bureau du directeur. Il se fera un plaisir de couper le temps sur ma paye pour ma petite absence de ce soir... Mais attendez! Non... ça ne marchera pas... je ne suis pas payé pour être ici ce soir.

Ok. Là, il y en a qui se disent : No way! C'est dans ta tâche. Ben je les emmerde parce que ma tâche en enseignement, elle est tellement bustée que je n'ai que 4 minutes par jour pour la récupération, les communications aux parents et tout autre truc qui n'est pas de nature personnelle. Les profs "normaux" entrent quelque chose comme une heure par jour dans cette case.

Moi : Mais entrez donc! Venez voir le local.

Mère #2 entre avec sa fille. L'autre préfère attendre à l'extérieur (je me demande pourquoi...). Elle s'éclipsera assez vite sans me dire au revoir.

Moi : C'est ici que votre fille reçoit 60 minutes de musique par semaine, s'il n'y a pas de journée pédagogique ou de congé la journée de son cours, bien entendu. Lorsque que l'élève entre en classe, il choisit lui-même une place, mais je me réserve le droit de les déplacer à n'importe quel moment sans donner de raison ou de préavis. Un seul but : le développement global de l'enfant via l'apprentissage de la musique. Ici, c'est le Nautilus Plus du cerveau.

Mère #2 : Est-ce qu'ils jouent de la flûte?

Moi : Non et je crois que si votre fille jouait de la flûte, vous l'auriez sans doute remarqué. Les flûtes sont strictement interdites dans ce local. Je considère que la colonne d'air n'est pas prête à leur âge et que ce n'est pas un instrument qui doit être joué 20 personnes à la fois... surtout s'ils ont sept ou huit ans.

Mère #2 : Alors, ils jouent du xylophone comme ça?

Elle pointe un glockenspiel.

Moi (à sa fille) : Explique-lui.

Gamine : Xylo veut dire bois et phone veut dire son. Ça c'est en métal, c'est un carillon.

Moi : Le vrai nom serait glockenspiel, mais le milieu de l'enseignement préfère carillon... Je suis plutôt conformiste, alors je dis comme eux. Si on a déjà visité l'Oratoire St-Joseph, on voit bien que ce ne sont pas de vrais carillons...

Mère #2 : ...

Moi : D'autres questions?

Mère #2 : Est-ce que les enfants se comportent bien? J'ai entendu dire que certains élèves de sa classe étaient pas mal turbulents.

Moi : Ils n'ont pas le droit d'être turbulents dans mon local.

Mère #2 : Mais s'ils le sont quand même?

Moi : Ils ne le sont pas. C'est interdit. À sa fille. Y en a qui niaise ici?

Gamine : Non, y a seulement toi qui a le droit.

Moi : Excellent, tu auras une bonne note dans ton prochain bulletin.

Mère #2 : ...

Moi (soudainement chaleureux): Écoutez madame. Je suis vraiment désolé. Comme vous voyez, je suis un peu sur la défensive. Vous connaissez le quartier... Toutes sortes de gens... S'il y a quoi que ce soit, n'hésitez pas à me laisser un message et ça me fera plaisir de vous contacter.

Mère #2 (perplexe) : ...

Moi : C'est vraiment gentil d'être venu. J'adore rencontrer les parents de mes élèves. À sa fille. Salut ma puce.

La petite vient dans mes bras me faire un calin. Elle se tourne vers un coin de la classe.

Gamine : Salut Roger!

La madame ne comprend plus rien... Elle se pousse. NEXT!

Ça peut sembler un peu rude de ma part, mais croyez-moi, après quelques années dans le même milieu, quand un parent vient pour essayer d'avoir la tête d'un prof parce qu'il n'y avait rien de bon à la télé ce soir-là, ça se sent.

L'an prochain, je lui demande ce qu'elle fait comme métier et je suis certain qu'on va bien rigoler.

Pas vous!

Moi et elle... ensemble.

C'que vous pouvez être tordus...

Blague à part. Il n'y a pas beaucoup de parents qui viennent me voir. Ce sont toujours les mêmes. Un type qui tripe sur la paléontologie et les ordinateurs Apple. Pendant qu'on se bidonne, sa fille tape sur les djembés et sa femme désespère.

J'ai rencontré une maman algérienne qui est archéologue. Pas de travail pour elle ici... Elle est devenue éducatrice en petite enfance. Belle discussion. Elle a fait son deuil de l'archéo. D'une certaine manière, j'ai fait mon deuil de la musique en venant enseigner. Mais bon, regarder un bébé humain, c'est faire l'archéologie de notre espèce. Héhéhé... c'était n'importe quoi à la fin de la conversation.

En passant, les Berbères aiment vraiment quand on sait ce qu'est un Berbère. Faut croire qu'ils ne sont pas habitués...

Les ancien élèves qui se pointent...

En résumé, c'est quand même rigolo les rencontres de parent quand on est "juste" prof de musique.

01 décembre 2006

Get a life

En plein cours avec des élèves de première année, une main se lève. Dans les yeux de l'élève, la panique totale.

Moi : Oui...?

L'élève : Je pense que je t'ai vu hier.

Moi : Vraiment? Ben moi aussi, je suis allé dans votre classe pour parler à ton prof.

L'élève : Non... c'était à l'épicerie.

Moi : Ça se peut très bien. Je suis allé à l'épicerie hier.

L'élève : ...

Moi : Ça te pose un problème?

L'élève : Ben... c'était le soir.

Moi : Ouais... parce que le jour, on était ici. Assez implacable comme logique hein?

L'élève : Oui mais... c'était pas à l'école.

Moi : Toi aussi tu as remarqué? L'épicerie n'est pas l'école!

L'élève : Mais avec toi... y avait une femme.

Moi : Ma blonde...

L'élève : Pis un bébé...

Moi : Mon fils...

L'élève : Oui mais...

Moi : Mais quoi?

L'élève : Non... Laisse faire...

Et voilà! Un de plus qui vient de comprendre. J'existe en dehors de l'école. Ma blonde n'est pas un prof de l'école et en plus, il ne la connaît pas. Mon fils n'est pas qu'une photo sur un mur. J'ai une vie!

Un peu plus tard dans le même cours, je déconne un peu avec Roger quand soudain, un morceau de calorifère s'effondre sans raison.

Moi : Bordel Roger! Je t'ai dit de ne plus jouer avec le calorifère.

Vous auriez dû voir la tête de l'élève. Si je vais à l'épicerie avec une femme et un bébé, tout est donc possible... même Roger!







28 novembre 2006

Étoile

Mon cours est une sorte de jeu télévisé où les équipes gagnent et perdent des étoiles dans une lutte sans merci. Seulement les vainqueurs obtiendront un petit collant. Pour les autres : nada!

J'vais raconter cette anecdote à mon fils plus tard.


Aujourd'hui, en troisième année, les carillons ont gagné.

Cédrik : C'est quoi le collant.

Moi : Une petite étoile...

Une petite cute : Une petite étoile qui veille sur nous...

Cédrik connaît l'expression de la petite étoile qui veille sur les gens, mais son étoile à lui n'est plus sur la garantie. Il est en foyer d'accueil.

Moi : Ça va?

Cédrik : Ouais... je peux le donner mon collant?

Moi : C'est ton choix. Tu l'as gagné.

Il se dirige vers la photo de mon petit gars d'un an et y colle son étoile. Bordel... Un petit gars en foyer d'accueil a donné son étoile à mon fils.



27 novembre 2006

Enharmonie

Moi (le gun sur la tempe... ma tempe) : OK. Pour la xième fois... Que ça soit écrit Sib ou La#, tu tapes là-dessus au bon moment et tout le monde est content.

Élève Casse-Pied : Oui mais moi, j'en ai pas de si bémol.

Moi : La dièse... même note, même son... Je l'ai expliqué déjà trop souvent et de trop de manières différentes. Tu tapes là ou j'te coule!

Casse-Pied : J'en ai pas non plus.

Moi : Argh! Oui tu en as un.

Casse-Pied : Non, moi, c'est écrit Bb!

Un autre : Comment ça bébé?

Moi : Au secours! Pas bébé comme dans: gaga gougou... je suis immature... gaga tagaaa... B pour la note si et b pour bémol!

Casse-Pied : Huh?

L'autre : Pourquoi c'est pas toute pareil?

Wannabe : Ouain... on peut-tu jouer là?

Moi : NON! Y a environ 500 ans, y a un type allemand qui s'appelait Luther et qui ne tripait pas vraiment catholique.

Un smatte : Un arabe ou un juif?

Wannabe : C'était ton grand-père?

Moi : Luther?

Wannabe : Cool! Prof Malgré Tout a un grand-père arabe!

Moi : Ouais... c'est sûrement ça... un boche arabe! Come on... Alors, le boche pis sa gang...

Le smatte : Sa gang d'Arabes?

Moi : Tu m'énerves... Non! C'était des Esquimaux... N'importe quoi.

Le smat : Hein?

Casse-Pied : Y faut dire des Inuits.

Moi : Quand je parle des Esquimaux, je parle des popcycles.

Casse-Pied : Ah ok!

Me semble que t'as compris...

Moi : Alors, le boche pis sa gang de popcycles ambulants ne voulaient pas qu'on appelle les notes Do-Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do. Pourquoi? Ça venait d'un poème d'un moine catholique: Guido d'Arezzo.

Un autre : Ça sonne même pas arabe comme nom...

Moi : J'ai dis que c'était un popcycle!

Un élève : Tu le connais le poème?

Moi : Tu trouves que j'ai l'air d'un popcycle qui récite des poèmes? Je sais seulement que ça commence par "ut" et que c'est l'ancien nom de do. Peu importe. Pour des raisons religieuses, les Allemands et les Anglais, utilisent A-B-C-D-E-F-G pour nommer les notes. A est LA, B est SI, C est DO. etc... Donc... Bb est...?

Un élève : On peut-tu jouer là?

Moi : Non! Tout le monde, déposez vos baguettes et vous écoutez... ARGHHH! N'oubliez pas qu'on est au troisième étage.

Wannabe : T'es même pas game...

Moi : Shhhhh... Casse-Pied ne le sait peut-être pas.

Casse-Pied : Heille... J'ai entendu.

Moi : Y a personne qui joue tant que vous ne me dites pas les trois trucs qui peuvent être écrits sur la note Si bémol...

Wannabe : Si bémol, La dièse ou Bb. On peut-tu jouer là?

Moi : Tu m'énerves... Et c'est qui qui utilisent B à la place de SI?

Wannabe : Les Arabes.

Moi : Non! Les Esquimaux! Prenez vos baguettes et je coule tous ceux qui ne trouveront pas le Si bémol! ... Casse-Pied!

Casse-Pied : Huh?

Moi : Tu lèves encore ta main et je te coule!

La classe : Ouais!

26 novembre 2006

Déception totale

Je suis déçu. Je pensais que vous vous exprimeriez un peu mieux, que vous seriez un peu plus convaincant, que je respecterais votre point de vue, peu importe le mien... Y a quand même des gens qui ont voté pour vous quelque part... non? Un peu de charisme? Non mais bordel... faites quelque chose. C'est vous le patron, Saïb!

Malheureusement, vous ne passez pas le test Monsieur le Ministre. Vous ne répondez pas aux exigences. Vous ne ressemblez même pas à Louis de Funes...

Je ne suis pas certain que c'est votre job, mais vous semblez ne pas comprendre les fondements de la réforme... Quoi? Nous sommes trop stupides pour comprendre si vous allez plus en profondeur? C'est vrai... c'est les profs qui n'ont pas compris... Étant enseignant, j'oublie tellement facilement... de quoi on parle déjà?

Vos connaissances du terrain sont erronées. Les gens qui vous conseillent vous mentent ou ne sont pas compétents. Ça sonne assez réforme mon truc?

Et quand vous mentionnez une entente avec les enseignants et une convention collective, c'est de la loi 142 dont vous parlez? Un peu facho comme entente...

Vous ne méritez pas un pixel de plus.

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Je fais dans la pub aujourd'hui.

Ce soir, à l'émission Tout le monde en parle, Jean-Marc Fournier, Ministre de l'Éducation et de quelques autres trucs. Mon petit doigt me dit qu'ils vont parler de bulletin et non des fondements du renouveau pédagogique. On s'en fout des bulletins. Encore une fois, on tire sur le messager. Réveillez bordel! Ostie qu'on est premier niveau... Du pain et des jeux avec ça?

Vous prendrez quelques instants pour noter sa ressemblance avec Louis de Funes...

J'parie qu'c'est un chic type en dehors de la job. Sincèrement!

21 novembre 2006

Résilience

J'entre dans le salon du personnel un peu en retard pour la réunion. Pas assez pour m'attirer l'ire du patron, mais assez pour qu'avec un peu de chance, il n'y ait plus de chaise disponible autour de la table. Dans cette éventualité, je devrai me rabattre sur le sofa ou un fauteuil... Comme on n'a pas que des amis au travail, j'ai une place autour de la table...

Alerte, alerte! Intrus détectés. Préparez-vous à être désactivé! Wooo... les nerfs. Pas trop moches les intruses en question. Alors, on se calme, on écoute ce qu'elles ont à dire et on les désactive ensuite.

Deux étudiantes. Le genre à faire une maîtrise sans rédiger de mémoire. Une maîtrise pratique qu'on dit... Assez pratique en effet. Ça peut nuire aux études de trop écrire. Le sujet de leur machin (je n'ose pas dire "mémoire") : la résilience chez les profs en milieux défavorisés. Charmant comme sujet. C'était assez branché il y a deux ou trois ans, cette chose qu'on appelle résilience.

Les étudiantes nous expliquent leur démarche.

Une d'elle : "Vous avez des questions?"

Moi : "C'est très intéressant ce que vous dites, mais pourquoi êtes-vous ici?"

L'autre : "C'est un milieu défavorisé..."

Moi : "Oui, mais on a un sacré roulement de personnel ici. Je suis à statut précaire et il n'y a que deux profs plus anciens que moi dans la boîte."

La même : "Ah..."

Moi : "Et vous parlez d'étendre votre étude sur deux ans..."

L'autre (sur les dents) : "Qu'essayez-vous de nous dire?"

Moi : "Que si la tendance se maintient, l'an prochain, plusieurs des profs qui feront partie de l'étude ne seront plus ici."

L'autre (exaspérée) : "Ben, on les contactera dans leur nouvelle école et on poursuivra l'étude là-bas."

Elle me regarde comme si je ne comprenais rien, moi le petit prof minable. J'adore ça.

Moi : "C'est bien une étude sur la résilience? La capacité de s'adapter à quelque chose de stressant? De rester..."

Et là, y a mon patron qui me regarde à la fois amusé et embarrassé. Le reste du staff regarde leur montre. C'est le temps de fermer ma grande gueule.

Elle : "Oui... ben... heu..."

Moi : "Ah ok! J'embarque si vous voulez de moi comme rat de laboratoire!"

Désactivation complétée. Intrus exterminés. Mission accomplie. Victoire! Victoire!

On ne les a plus revues.

Où croyez-vous qu'elles vont travailler plus tard? Au ministère ou à la commission scolaire?

20 novembre 2006

Je suis un peu occupé ces temps-ci...

Prof malgré tout? Malgré quoi au juste? T'as deux mois de vacances... De kessé? Comment ça su' l'chômage? Statut précaire? Kossé?

Pas facile d'enseigner en milieu défavorisé. C'est ma huitième année dans mon école. Je n'ai comme sécurité d'emploi que les dossiers médicaux et les autopsies de ceux qui m'ont précédé. Y a pas grand monde qui veut ma job...

Ma tâche de prof de musique : 60%, trois jours, horaire plein. Pas de périodes de libération pour travail de nature personnel. Cinq petites minutes entre les trois périodes du matin... si le titulaire n'arrive pas en retard de sa période libre pour venir chercher son groupe. J'ai un peu plus entre les deux périodes de l'après-midi. Pas de récréations. Ma tâche d'enseignement dépasse le maximum, mais c'est légal. J'ai 12 minutes pour l'encadrement des élèves (téléphone à la maison, récupération, règlement de conflit, etc.). Pour 60% de tâche, ça fait quatre minutes par jour.

Les deux autres jours, je drive un projet. On fait écrire une comédie musicale à partir d'un opéra oublié et pas évident. Ce choix nous est presque imposé: on a le choix entre ça ou rien. Mais bon, on recommence chaque année.

Mon rôle? Décortiquer l'opéra en question (la musique, le livret), me convaincre que même si les deux plus importants disquaires de Montréal ne l'ont pas en stock, ce n'est pas si obscur, si mauvais... Je dois aussi faire une recherche historique, préparer le site web du projet. (forum, blogue, etc.) et repiquer des extraits intéressants à l'oreille parce qu'on ne m'a pas encore refilé la partition qu'il faut faire venir d'Europe pour la modique somme de 150 balles (je suis tanné de payer pour travailler... y a pour au moins 1000$ de trucs à moi dans ma classe).

Après avoir fait tout ça, c'est la rentrée. Vous avez compris. Je fais ça l'été, bénévolement...

Ensuite, ça commence. Quatre écoles en deux jours à chaque semaine. Je leur balance tout ça par la tête et il faut qu'ils absorbent, car ils vont devoir tout refaire. Les enfants vont écrire le texte et les paroles de chansons, composer la musique, concevoir les décors, les danses, les costumes, blablabla... On réécrit tout, on recompose tout, on repense tout.

Jusqu'en décembre, je me tape ça pas mal tout seul. J'accepte et j'ai besoin des commentaires des autres adultes du projet et surtout de ceux des enfants. Il faut garder l'esprit très ouvert et être intègre comme ça ne se peut pas. Ce n'est pas mon spectacle, c'est celui des élèves. Je mets de l'eau dans mon vin. J'ai juste à en boire plus!

En janvier, on passe à l'action. Yeah! Je ne serai plus seul! Les autres formateurs débarqueront et je vais pouvoir bosser sur la musique avec les jeunes qui vont l'interpréter en direct à chaque représentation. Quatre générales et huit spectacles en cinq jours. 5000 spectateurs. Cinglé hein?

Ah oui... est-ce que j'ai mentionné qu'il faut aussi que j'adapte des passages musicaux de l'opéra pour que des enfants de 11 ans qui ne sont pas mes élèves et n'ont jamais fait de musique, puissent la jouer quatre mois plus tard en n'ayant qu'une répétition par semaine? Le classicisme, ça sonne mal sur des djembés et des synthétiseurs bas de gamme. Alors, je leur sers du "hip hopera". Le plus chouette est quand même d'arranger leurs compositions en les impliquant le plus possible dans le processus. Créer, c'est choisir.

Ça me prend deux avant-midi et pas mal de café pour faire les quatre écoles. Je suis donc libéré deux après-midi par semaine pour faire le projet, mais s’il y a une journée pédagogique, les enfants viennent à l'école quand même... oui... même pas de gun sur la tempe. Ils viennent à l'école les jours de congé pour bosser sur le projet... Une seule déduction logique : adultes, enfants, tous des fous! 911 quelqu'un...

Capotez pas... Je ne suis pas seul dans le projet. Il y a le coordonnateur. Moi, mon truc, c'est la création avec les jeunes. Ne me demandez pas de faire un horaire, ça ne marchera pas... encore moins de trouver du fric... Ça, c'est le truc du coordinateur. Un amoureux des enfants. Le genre de type qui tripe par procuration sans que ça soit malsain.

Y a aussi les profs et les formateurs : danse, chant, metteur en scène, décors, accessoires. Au centre de tout ça, il y a la centaine d'enfants qui croient en nous quand nous croyons en eux.

N.B. J'ai bien hâte de voir le canon sur la scène...


ARGHHH!!! J'voulais juste vous dire que je suis un peu occupé pour écrire des billets ces temps-ci. Bordel... je viens d'avoir une idée pour mon prochain... Si y'en a un qui me parle de mon affiche de John et Yoko demain, je lui colle une retenue de quatre minutes.





15 novembre 2006

C'est MON blogue!

Deux billets plus tôt, une lectrice me proposait des idées d'oeuvres à faire découvrir aux enfants. Comme c'est MON blogue et que je peux bien faire ce que je veux ici, je poste la réponse comme billet.


Chère Lectrice,

Merci pour les suggestions. Je doute que Barbie ait du succès avec mes élèves. Plusieurs de mes petites demoiselles de cinquième année sont sûrement déjà pas mal plus actives sexuellement que Barbie. J'enseigne dans le genre de quartier où les Hells recrutent.

Beethoven passe assez bien. C'est clair que nous écoutons des extraits et rarement des oeuvres complètes. Le deuxième mouvement de la septième semble comestible et en plus, on peut le jouer dans la mesure où le prof se débrouille au piano (c'est le cas ici). Je ne leur fais même pas entendre au complet. Dans mon cours, la musique, on la fait et je travaille très fort pour fermer ma grande gueule et les laisser jouer. D'où l'existence de ce blogue!

Un autre machin de Beethoven qui est intéressant pour les enfants, c'est le deuxième mouvement de la sonate opus 27 no.1 (ne pas confondre avec opus 27 no.2, la célébrissime "clair de lune"). Par contre, pas question d'arranger ça pour les enfants. C'est quand même une super oeuvre cérébrale qui passe bien.

Les variations héroïques pour piano inspirées de la symphonie du même nom est aussi un bon coup.

La grande fugue, quatuor opus 133, est assez décapante aussi (deuxième et troisième cycle). Pour élèves vendus d'avance, car c'est assez hardcore.

Cliché : cinquième symphonie, premier mouvement. À l'orchestre puis dans la transcription de Liszt.

Et plein d'autres trucs...

Je suis quand même d'accord que les symphonies, c'est pas ce qui se fait de mieux pour les jeunes.

Pour ce qui est d'Aranjuez, écoutez la version d'Alvaro Pierri. Stylistiquement impeccable et tellement colorée. La version de Paco de Lucia est intéressante aussi, mais c'est un guitariste flamenco et quoiqu’espagnol, Rodrigo, n'écrit vraiment pas du flamenco. N'empêche que Paco nous balance ça par la gueule avec tellement de conviction que ça fonctionne. Après ça, on se demande pourquoi John Williams (le guitariste, pas le compositeur) est tellement populaire. Je me demande qu'elle version Rodrigo aurait préférée... sûrement pas Williams en tout cas. En passant, saviez-vous qu'il était aveugle (Rodrigo, pas Williams)? Y a même un accord avec sept notes dedans à un moment. Très difficile quand la guitare n'a que six cordes. Mais le type n'a jamais vu de guitare de sa vie et il n'en jouait pas. On lui pardonne?

Pour ce qui est des jeunes enfants, mon fils a été allaité sur les variations Goldberg... on verra ce que ça donnera. Il refuse de danser quand j'écoute "shining star" version "live" de Earth, Wind and Fire. Je suis perplexe. Gould dansait-il à un an? Son père dansait-il aussi mal que moi?

Une dernière chose : pirater de la musique, ce n'est pas très gentil pour les gens qui l'ont enregistrée. Mais bon, si ça vous donne le goût de devenir accro et d'acheter plein de disques des bonnes versions que vous ne trouverez pas sur LimeWire... hissons le pavillon noir et à l'abordage!

Je déconne. Sérieusement, je me nourris de vos commentaires.